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Le 16 Décembre 2008
Par Pierre DERENSY

Mathieu Boogaerts change de tactique. Longtemps nous l'avions eu (vu) comme une sorte d'angelot, qui ne devenait indocile qu'une fois sa petite guitare branchée sur l'acoustique et ses seconds degrés bien camouflés derrière des textes candides. Avec « I Love You », c'est un nouveau mécanisme qui se met en marche. Marquant dorénavant le  tempo au son d'une batterie et explorant le song-writting yaourt, il reste l'un des artistes les plus subtiles que nous puissions entendre ces dernières années, et tout ceci désormais en fracassant quelques murs : baguettes en main.


Avec « I Love You », n'auriez vous pas signé votre premier grand album concept ?

Mathieu Boogaerts : « Oui. Après je n'aurais pas la prétention de le qualifier de « grand ». En tout cas, c'est le premier disque où je me suis donné un cadre très précis. »

Plus que la batterie pour moi, ce qui a changé chez vous : c'est le rythme des paroles, de vos textes ?

Mathieu Boogaerts : «C'est la première fois que je change de méthode pour écrire. En règle générale, je le faisais avec ma guitare ou un piano. Le fait de rebondir en mots sur un rythme de batterie pour chaque titre a induit, sans le chercher vraiment, des rythmes de phrases plus courts. Un rythme de batterie en 1 mesure t'oblige à modifier ton phrasé. Trouver des expressions  brèves. Je ne voulais pas faire un disque avec une voix saccadée, c'est juste qu'en débutant la conception par la batterie, vous avez tout le cheminement qui change. Si vous comparez mon travail avec celui d'un dessinateur, c'est comme s'il avait toujours dessiné avec des pastels et qu'il était passé au marqueur. »

Peut on dire que c'est votre disque anti-embourgeoisement ?

Mathieu Boogaerts : «Houlà, la notion de bourgeoisie dans la musique m'est totalement étrangère. J'y verrais plutôt un désir de ne pas tomber dans une routine. Il a fallu toute ma discographie pour assumer de faire ce choix (rire). J'ai eu une sensation d'accomplissement à la fin du précédent. Quelque part, j'avais clos un chapitre. Il était temps de faire autre chose. Non pas par stratégie, en me disant « les gens vont finir par s'ennuyer », mais dans mon rapport à moi-même. Je suis allé dans ma garde-robe et j'en avais marre de mes fringues, donc j'ai essayé de trouver d'autres vêtements. »

Pouvez vous me dire ce qui est dérangeant quand on se sent dans cet état de « plénitude » dont vous parliez après  « Michel » ?

Mathieu Boogaerts : «Le postulat de mon métier, de ma fonction c'est de se renouveler. A chaque nouvelle chanson, je ne souhaite pas l'avoir déjà écrite sinon je travaillerais à l'usine, à la chaine. Là, je sentais que j'étais arrivé au bout d'un système, le système étant que je n'avais jamais cherché à composer une chanson. J'étais plutôt dans l'improvisation et par accident, je me trouvais un moyen de rebondir via une mélodie, une phrase ou deux à une chanson. »



Vous m'aviez expliqué pour l'album précédent que vous utilisiez un dictaphone pour enregistrer des airs qui vous plaisez, est ce encore le cas ?

Mathieu Boogaerts : «Le dictaphone me sert car je ne sais pas écrire la musique, c'est juste un outil pour me permettre de mettre des idées de coté. Mais maintenant, je n'en ai plus car j'utilise mon répondeur (rire). J'ai tendance à croire qu'une bonne idée, ce n'est pas une idée qu'on cherche mais une idée qui vient. Je suis très consciencieux vous savez : dès que j'ai un couplet, un rythme ou même une idée scénographique : je la stocke. Je suis à l'affût, non pas pour chercher mais pour capturer un truc quand il se présente. J'aime bien tout noter. Je suis le genre de type à faire des listes de ce qu'il doit faire dans la journée aussi. »

Pouvez vous m'expliquer également le lieu atypique d'où sont parties les chansons ?

Mathieu Boogaerts : «Il n'est pas si atypique que ça. Les studios d'enregistrements sont souvent d'anciens garages ou des anciennes caves. Là en l'occurrence, c'était un ancien stand de tir de la police, mais je vous rassure, cela ne ressemblait plus du tout à ça : c'est un beau bâtiment industriel insonorisé. Je ne suis pas allé à Bruxelles pour l'amour de la Belgique mais uniquement car il y a plus de places qu'à Paris et c'est donc plus facile de trouver ce genre de lieux. »

Pourquoi en dehors de ce choix de studio, s'être exilé en Belgique ?

Mathieu Boogaerts : «Il y a beaucoup de choses que je n'aime pas là bas. Il y en a plus d'ailleurs que de choses que j'aime. J'en suis d'ailleurs parti. J'y ai vécu pendant 1 an et demi. En gros, ce que j'aime c'est la quiétude, le coté plus calme qu'à Paris. C'est plus tranquille, plus reposant. A Bruxelles, on peut passer 3 jours à glander sans avoir mauvaise conscience. Tandis qu'à Paris au bout de 2 heures tu dois « bouger ». Sinon globalement, je trouve ça assez laid. Surtout car je suis conditionné par Paris qui est une ville très coquette, très apprêtée. A Paris si vous décidez d'installer un réverbère, vous allez devoir passer par 4  personnes qui donneront leurs avis sur la question avant que cela ne se fasse. A Bruxelles, c'est tout et n'importe quoi question architecture. Je trouve qu'ils ne sont pas assez raffinés. IL y a un coté on s'en fout. J'ose sortir avec un tee-shirt pourri (rire). Les filles à Bruxelles, elles sont toutes en joggings avec des cheveux sales. Nan j'exagère. mais à peine (rire). »  

Est-ce que ce fut l'utilisation de la batterie qui vous a engagé dans un rétrécissement d'instruments ?

Mathieu Boogaerts : «Ce n'est pas une démarche intellectuelle, mais la dynamique de la batterie donne à réfléchir sur l'apport d'autres instruments. Je suis convaincu que l'on est complètement conditionné et que la créativité, elle n'a pas de fin. Si j'avais fait ce disque avec 4 flûtes et deux turcs, je n'aurais jamais abouti au même résultat qu'avec ma guitare. C'est un cadre que je me suis imposé et cela, après 4 disques qui étaient une sorte de carte d'identité sur lesquels m'assoir. Maintenant, j'ai l'impression que pour l'avenir, je serais obligé non pas d'être aussi radical que celui-ci, mais d'incorporer obligatoirement des partis pris différents.. Si je fais encore des disques »

Pourquoi ce « si » je fais un prochain disque ?

Mathieu Boogaerts : «L'inspiration, la foi même est quelque chose de tellement fragile et aléatoire que je ne peux pas prétendre l'avoir dans le futur. A priori, je l'aurais mais je ne peux pas signer d'avance. »

Le franglais très présent, c'était pour vous étalonner au « It is Not Because You Are » de Renaud ou passer sous les quotas des radios ?


Mathieu Boogaerts : «Les mots qui sortaient étaient en anglais. J'ai accepté de les assumer et de les développer. Un anglais personnel. Un anglais petit nègre.  C'est l'anglais du français moyen. L'album s'appelle « I Love You » car justement, ce sont les premiers mots que l'on apprend en anglais, de manière gauche, simplifiée, arrondie. Mais pour ce qui est des quotas, le problème s'est posé il y a peu de temps (rire) avec un programmateur d'une radio. Il ne pouvait pas me la passer car il y avait plus de 50 % de mots en anglais. C'est la première fois que cela m'arrivait.»



Avez-vous souffert d'une mère possessive, car lorsque j'écoute « All I Wanna Do », on pourrait presque y mettre une relation de mère fils plutôt que la sucrerie des mots doux d'amoureux ?

Mathieu Boogaerts : «C'est exactement ça. Le rapport que l'on a avec ses parents, va se développer avec le reste du monde. Ce que j'ai vécu avec ma mère, je le revis d'une certaine mesure avec une femme. Tout ce que j'écris est inspiré d'une sensation personnelle. De manière ouverte, certes mais personnelle. Deux histoires tragiques amoureuses avec 2 filles différentes vont me donner une chanson où je nommerais une fille qui ne sera aucune des deux mais les 2 à la fois.»

Musicalement, étiez vous fan de la new-wave ou de tous les dérivés synthétiques des années 80 car « Do You Fell Ok » me rappelle les grandes heures de cette musique ?

Mathieu Boogaerts : «J'adore les Cure mais je ne connais pas trop ce style. Forcément, j'en écoutais à la radio, dans les boums au vu de mon âge, mais je n'ai jamais cherché à la prendre en référence. Comme tout occidental, né en 70, j'ai écouté cette musique.»

Vous êtes vous déjà penché sur la manière d'aborder ce tournant sur scène ?

Mathieu Boogaerts : «Je commence. Quand je fais mon album, je n'y pense pas du tout, cela n'a aucune importance. Jamais je ne me dis, ce titre là il est chouette, mais je ne pourrais pas le faire sur scène. Pour l'instant, je sais donc que ma tournée va commencer en Février et surtout j'ai l'impression que même si tous ces titres ne sont pas joués à la guitare, je peux les rejouer à la guitare. Si je voulais, je pourrais faire cette tournée seul et ça collerait, j'en suis convaincu. Sur l'album « 2000 », qui était un album assez arrangé et produit, j'avais fait une tournée guitare-voix, car pour moi ce qui est important, c'est la ligne de chant en concert. Là par contre, j'ai envie d'une tournée dynamique, je me forme un groupe : guitare basse batterie et on va lâcher les chiens (rire). Dans le but de faire bouger mes jambes donc celles des gens. »

Est-ce que la Corinne nostalgique dans votre disque, serait étonnée de ce que vous êtes devenu ?

Mathieu Boogaerts : «Pas tant que ça. Quand j'étais enfant ou adolescent, j'ai donné l'image dans mon entourage du farfelu de service. Les filles qui étaient en classe avec moi doivent plus m'imaginer comme je suis qu'en assureur ou en routier. »

Par contre aucune n'aurait l'audace de vous qualifier de « lunaire » il n'y a que les journalistes qui osent écrire cela ?

Mathieu Boogaerts : «Ho farfelu et lunaire, c'est un peu lié. Si vous préférez on va contracter ça en « farfelunaire ». »

Vous êtes très choyé par la critique, aimeriez vous que l'on vous critique, que l'on vous traite de bandit ou que l'on descende vos albums ?

Mathieu Boogaerts : «Je vous rassure, cela arrive (rire). J'adore qu'on me dise des choses. Inconsciemment, si je fais ce que je fais, c'est pour que les gens m'écoutent et m'entendent, créer une réaction, qu'elle soit dans un sens ou dans l'autre. Je préfère 100 fois quelqu'un qui dise du mal de moi, que quelqu'un qui ne dise rien. Maintenant, si tout le monde me tombe dessus, je serais un peu contrarié et déçu (rire).»

Propos recueillis par Pierre DERENSY

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