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Le 15 Novembre 2008
Par Pierre DERENSY

Dans la chanson française, il y a plusieurs styles de personnages : les perturbés, les communs, les variétés, les engagés et vous avez au milieu de tout ça, des groupes qui n’attendent pas spécialement que l’on fige un style sur leur musique. Des potes qui sont contents d’exister pour le plaisir de faire du bel ouvrage à destination d’un public qui n’attend rien d’autre, que de passer un bon moment en leur compagnie. C’est le cas des Mauvaises Langues, qui sortent leur dernier album : « Ca Manque un Peu de Chaleur » mais l’on sait bien que ce n’est pas un constat qui leur sied quand on sort de l’écoute du disque ou de l’un de leurs concerts. C’est même tout le contraire. Vous aviez beaucoup d’espoir sur votre précédent album « peut être un Jour » pour passer un cap, l’objectif fut il rempli ? Les Mauvaises Langues : « Pour être tout à fait franc, ce ne fut pas le cas. On a réussi à continuer déjà, à rester en vie, au vu du marché du disque c’est certainement ce qui est le plus compliqué. L’avantage de cette situation, c’est de se rendre compte que nous avons un public assez fidèle. Le cap dont on parlait était essentiellement médiatique, avoir une reconnaissance des grands médias du type de rentrer dans une play-list de grande radio comme France-Inter. On a eu le réseau associatif qui a bien fonctionné. Ce qui est très positif, c’est que pendant les 2 ans qui ont suivi l’album, nous avons réussi à très bien tourner sur scène. » Le milieu associatif est peut être la bonne solution pour exister ? Les Mauvaises Langues : «Sur l’album qui vient de sortir, en terme de radios, il y en a beaucoup qui nous accompagnent. On reste toutefois en attente pour passer la division supérieure, si jamais cela advenait, mais il reste un plafond de verre pour les productions indépendantes. Il y a quelque chose qui cloche sur les partenariats. Nous pensons que l’avenir est aux indépendants. Il y a pas mal d’artistes sur des Majors qui n’ont jamais eu tout le luxe qui nous a été offert en étant chez Vérone Production. Nous avons eu des moyens comparables aux grandes structures mais avec des gens à qui l’on peut parler, qui s’intéressent à ce que l’on fait. Notre gros avantage, c’est que nous avons, en signant chez eux, eu la chance d’avoir dans la même structure : notre producteur, notre tourneur, et un distributeur indépendant qui travaille en symbiose avec eux. Mais je te rassure, on rêve pas d’explosion médiatique. Juste un regard plus large de notre travail. » Ensuite vous avez sorti un DVD Live réservé au fan-club, pourquoi cette démarche ? Les Mauvaises Langues : «On l’avait pressé à 500 exemplaires. C’était un truc réservé aux gens qui suivaient le groupe. Il n’y avait aucune velléité commerciale. Nous voulions marquer le coup par cet instant sur scène. D’ailleurs, quand notre ami a tourné ce concert on ne savait pas ce que on allait en faire. » On a vraiment l’impression qu’en parlant des Mauvaises Langues, il y a une réelle amitié qui vous lie mais on peut aussi se dire que refaire un disque ensemble n’est pas forcement évident quand plusieurs personnalités suivent parfois des chemins différents ? Les Mauvaises Langues : «Il y a eu deux événements importants dans la vie du groupe. Julien le guitariste, nous a quitté et l’on s’est retrouvé à cinq. Nous avions des divergences d’avenir. Là, on s’est interrogé pour savoir si l’on reprenait quelqu’un, mais comme tu le disais au-delà de la musique, il y a un état d’esprit chez nous et nous ne voulions pas combler le vide de son départ par pur remplacement, poste pour poste. En restant à cinq, nous avons remarqué que cela s’est vite bien passé. Bertrand à la guitare a repensé à l’ensemble de ses parties. Nous avons réfléchi pour arranger de la sorte notre répertoire et nous avons même démarré l’idée d’un nouveau disque à cinq. Benjamin le batteur, après un concert, nous a annoncé qu’il voulait quitter le groupe. Autant Julien c’était naturel, autant Benjamin ce fut la douche froide. Trouver un bon batteur, c’est faisable mais encore une fois il fallait qu’il tienne sur la photo de famille. Nous sommes heureusement tombé sur Maxence Doussot qui est techniquement et dans sa capacité à s’intégrer, dans le concept parfait. Il a pris sa place de manière quasi naturelle. Il a été complètement accepté par tout le monde. Cela fait 1 an et demi que nous jouons ensemble et l’on dirait qu’il est là depuis tout le temps. Jusqu’au troisième album, nous n’avions pas changé un membre. L’amitié est vraiment le point de départ du groupe. On fait de la musique pour le plaisir. Et le plaisir vient du coté artistique mais aussi et surtout du coté humain.» Le fait d’être tous plus ou moins à proximité de la région lilloise aide t’il à faire un album ? Les Mauvaises Langues : «Oui. On travaille plus souvent ensemble. On est un peu des laborieux de la musique. Cet album a été conçu par petit bout. Avec un travail commun dans la phase de l’écriture et sur les arrangements. Résider dans un périmètre restreint facilite nos échanges. On se voit 2 à 3 fois par semaine. Depuis 10 ans, cela ne nous est pas arrivé de nous quitter plus de 2 semaines consécutives.» Pouvez vous me dire pourquoi ce choix de titre de l’album « Ca manque un Peu de Chaleur » ? Les Mauvaises Langues : «C’est une chanson qui part de l’idée de ce qu’on pourrait raconter à un gamin sur la société actuelle. Les notions de solidarité, de projet collectif, d’humanisme : tout ça, nous avons l’impression que c’est de moins en moins présent dans les discours. Le coté « chacun pour soi » est de plus en plus présent. C’est peut être la maturité ou le fait d’être moins naïf et beaucoup plus lucide (rire) mais cela nous choque. C’est quelque chose que nous n’aurions pas envie de dire ou d’entendre. Honnêtement, on a mis du temps à trouver le titre du disque. Avoir une idée générale des textes et de ce que l’on voulait dire. Nous n’avions jamais pris le titre d’une chanson pour intituler l’album. » De qui et de quoi vous est venu ce besoin de « TRUSTer » vos chansons, d’être plus engagés si vous préférez ? Les Mauvaises Langues : «L’album a été écrit en période de campagne électorale. Pour un titre comme « L’Homme Providentiel » ça été une sorte d’énervement. Dans les 2 ans qui viennent de passer, la société s’est refroidie et a engagé un repli individualiste, il y a un réel malaise dans ce constat… en tout cas pour nous. Au moment d’écrire les titres de ce disque, cela a transpiré pratiquement naturellement dans les textes. On a beaucoup écrit pour cet album. Une trentaine de titres. Il s’avère que ce sont ces chansons là qui ont passé le cap de l’écrémage. A la fois, car elles étaient plus chargées et plus denses dans le propos, mais aussi car elles collaient à une réalité sociale sans jamais donner de leçon. Ce n’est pas notre album « petit livre rouge ». C’est juste tirer une sonnette d’alarme sur certains sujets. Il y a une forme de gravité dans ces chansons et la réponse est plutôt positive : à la fois dans la musique qui est axée sur l’espoir et sur certains textes comme « Joyeux Bordel » qui ouvre l’album et qui est une sorte de réponse à ces constats. Ce serait puéril de dire que la société est pourrie. Nous voudrions juste dire que l’on a le droit de gentiment désobéir, de ruer dans les brancards et de mettre les pieds en dehors de où l’on doit les mettre. C’est un équilibre qui apparaît à notre sens. » C’est très casse gueule de vouloir politiser même à une petite échelle des chansons qui ne durent finalement que 3 minutes 30 ? Les Mauvaises Langues : «L’envie a toujours été présente. Mais nous avions une sorte de pudeur. Nous ne voulions pas être donneur de leçon, démagogique. Tu tombes vites là dedans. Nous avons beaucoup de respect pour les gens qui s’engagent véritablement politiquement. Que ce soit dans le milieu associatif ou syndical. Là c’est le débat sur la notion d’artiste engagé. Nous, nous sommes citoyens, avec une conscience politique. Il fallait réfléchir à la manière d’aborder ces points. Sous quels angles. Cela a mis du temps. Avant, nous aurions eu peur, là je pense qu’au vu de la situation, c’était plus important de le dire et de se lâcher. Dans le contexte de la campagne présidentielle, nous ne pouvions pas nous permettre de ne rien dire.» Y aura-t-il des actes citoyens lors de vos concerts ? Les Mauvaises Langues : «On le fait déjà concrètement de 2 manières. Par exemple nos tee-shirts sont labellisés « commerce équitable ». Et ensuite, nous jouons parfois pour des causes, comme le concert pour venir en aide aux habitants de l’Avesnois et cela de manière gratuite. Dans le cas de notre activité artistique, on le fait musicalement parlant. Si nous étions artistes « engagés », nous serions sur des listes dans nos communes pour aider. Il y a des gens qui disent et d’autres qui font. On essaye de toucher les 2. Ce qui est important dans un groupe, c’est que tout le monde se retrouve pour ce que l’on va défendre. Par exemple, quand on part en tournée, il y a 2 grandes ambiances dans le camion : soit le degré zéro d’une chambrée militaire (rire), soit nous débattons sur des sujets importants. Associer le groupe à tel ou tel organisme ou association, ce n’est pas un truc sur lequel nous avons réfléchi mais cela nous semble possible si nous adhérons tous à ça. Après, il faut aussi être prudent à ne pas se faire instrumentaliser. C’est un jeu risqué.» Finalement, 51% des français vont confirmer votre nom de « Mauvaise Langue » ? Les Mauvaises Langues : «Nous espérons que maintenant ils sont moins de 51 % (rire)» Pour moi l’album est divisé en deux : dans un premier temps des chansons destinées à une masse et l’autre plus axé sur les rapports amoureux ? Les Mauvaises Langues : «C’est exactement ça. En tant qu’auteur, l’intime est important. Une chanson comme « Mes Amis se Séparent » c’est une chanson de vie. Les gens qui travaillent avec nous ont eu beaucoup de problème à ce niveau. D’une manière générale, c’est quelque chose qui ressort du groupe : on part dans plusieurs directions. Mais c’est ce qu’on aime ! Selon ton humeur, selon ta journée tu ne peux pas être monolithique. Tu traverses des émotions tout à fait différentes, tout au long d’une journée, tout au long d’une année et tout au long d’une vie. Tu ne peux pas être tout le temps positif ou totalement déprimé. En temps qu’auditeur ou spectateur, on aime être bousculé avec un changement d’univers. Plus d’une heure de concert joué sur la même ambiance, ça emmerde. Quelque fois, on voulait nous mettre en chanson française, après dans le rock. Même un distributeur nous a parlé de ça, car il devait mettre l’un de nos disques en chanson française et l’autre au rayon pop. Pourtant, le disque reste cohérent à notre sens. » Pour l’enregistrement, vous avez fait du neuf avec du vieux, de la nouveauté avec des changements ? Les Mauvaises Langues : «Nous sommes retournés au studio Rising Sun sur Bruxelles pour engager Géraldine Capart qui avait travaillé avec Dominique A ou Françoise Breut et que nous avions découverte lors de l’enregistrement du précédent opus. Pour le mixage nous avons eu l’honneur de travailler avec Erwin Autrique qui lui, s’était penché sur Louise Attaque ou la Mano Negra et bien d’autres par le passé. Le duo a très bien fonctionné : c’était 2 générations qui se rencontraient et nous pensons qu’ils ont beaucoup appris l’un de l’autre. Le mixage, c’est ce qui est le plus dur à faire. Erwin a bien valorisé les chansons. L’avantage général d’aller en Belgique, c’est qu’ils bossent sérieusement sans jamais se stresser ou stresser les artistes. C’est un bonheur de travailler dans cette ambiance. » J’aime bien séparer deux sortes d’artistes : ceux qui sont bons en disque et incapables de passer le test de la scène et ceux qui n’arrivent pas à imprimer sur disque la fougue d’un set public, depuis l’album précédent vous semblez savoir mixer les 2, y a-t-il une recette à savoir ? Les Mauvaises Langues : «Il faut avoir une vision lucide de son propre niveau et après faire les choses simplement. Cela va t’étonner que l’on site ce chanteur, mais nous avons fait une tournée en 2002 avec Hervé Villard, et il nous a dit un truc qui a beaucoup compté pour le groupe c’est « ce qui compte sur scène et sur disque, c’est la sincérité ». Ce qui veut dire que même si ta voix n’est pas juste, que t’es pas en place à l’américaine sur scène, si tu donnes quelque chose de sincère aux gens : ils vont passer un bon moment et tu vas faire un bon concert. Il y a une forme de spontanéité chez nous. A partir de ce moment là, il y a une connexion avec les gens. Une convivialité qui s’installe. Et cet état d’esprit existe aussi lorsque nous sommes en studio. Les mauvaises langues restent un groupe de copains. Il n’y a pas de recette, mais depuis l’album précédent nous aimons jouer un maximum en live et de garder non pas les prises les plus carrées mais bien celles où passe quelque chose. Nous n’écouterons plus jamais les prises séparées comme c’est souvent le cas. Nous jouons en plus depuis longtemps ensemble, sans mentir, il y a 10 ans, nous voulions tous être les Doors ou Noir Désir ou Brel en groupe et ce n’était pas nous. Au début, tu vas chercher ton style chez les autres et petit à petit, tu te libères de toutes ces références et ces fantasmes.» Je connais le soin porté aux visuels, pouvez vous me parler de cette nouvelle pochette ? Les Mauvaises Langues : «On a bossé avec une photographe de Paris qui s’appelle Nathalie Sicard, qui travaille plus dans un univers gothique et industriel. Donc rien à voir avec nous, et lorsqu’elle a reçu les maquettes elle nous a répondu qu’elle voyait un espace, de la verdure et une opposition entre le vert et le rouge ainsi qu’une présence féminine. C’était important d’avoir cet œil extérieur. Nous avons donc trouvé un lieu près de Dranouter dans les Flandres Belges, dans cet énorme chant et nous sommes partis sur cette thématique. Il y a une ambiance qui rappelle ces paysages du Nord avec ces grandes étendues planes et le ciel pas vraiment bleu. On est un peu chez nous sur cette pochette.» Je suis obligé de terminer avec la folie « cht’i » qui touche apparemment de manière positive la région, ce dont je doute, en avez-vous profité ? Les Mauvaises Langues : «Non, pas particulièrement. Avant la sortie de ce film, il y avait un regard intéressé sur la scène lilloise. Ce qui fonctionne bien pour nous, c’est qu’on tourne de plus en plus avec les Blaireaux, on fait pas mal de scènes ensemble. Cela nous permet d’aller au Trabendo à Paris, à Lyon ou Bordeaux. Les Blaireaux, c’est un peu la même famille.»

Propos recueillis par Pierre DERENSY

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