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    Le 06 Juin 2008
    Par Pierre DERENSY
    Les Jours Sauvages, le deuxi?me album de Joseph d'Anvers ?tait attendu. Il ne d??oit pas, bien au contraire, mais il d?concerte ? coup sur. Disque ?tonnant, m?lange de genres et de styles. Une belle mani?re en tout cas pour faire la nique ? ceux qui souhaitaient juste le voir ? bisser ? son pantalon en refaisant exactement ce qui l'avait amen? ? ?tre connu via ? Les Choses en Face ?.

    Est ce que le plus important, au d?part de ce disque, c'?tait de se d?marquer fondamentalement des ? Choses en Face ? sorti en 2006 ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Pas vraiment. L'id?e premi?re, c'?tait de ne surtout pas refaire la m?me chose. En m?me temps, je sais que c'est un peu le discours de tout le monde qui sort un deuxi?me album, apr?s pour tenir le truc, c'est beaucoup plus compliqu?. Comme vous pouvez vous l'imaginer, il y a des pressions de la maison de disques, de certaines personnes qui voient que le premier a bien march? ? tous niveaux, ils ont donc essay? de me pousser ? refaire le m?me disque. Ce qui n'?tait pas mon envie. ?

    Ce qui est troublant, c'est qu'on a vraiment l'impression d'?tre en face d'un inconnu le plus complet, comme si tu n'avais jamais exist? ? avant ? ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Le premier est arriv? comme la concr?tisation de l'un de mes projets solo. Donc un truc guitare voix, un peu folk. Les yeux et les oreilles se sont ouverts, pour ce projet mais moi j'ai toujours eu, ? cot?, des envies tr?s rock n'roll, des attirances pour l'?l?ctro. ? Les choses en Face ? ce n'est qu'une facette de ce que je fais.?

    Ce deuxi?me disque est il la quintessence de toutes ces envies ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Le but pour moi c'?tait de gagner une libert?. Une libert? que la plupart des artistes perdent dans ce beau pays qu'est la France. Je tenais ? avoir l'enti?re latitude de pouvoir faire un morceau avec des sonorit? hip-hop si je le souhaitais, si je voulais aller vers des guitares satur?es je ne tenais pas ? ce qu'on me l'interdise ; surtout que j'?tais conscient qu'il y aurait au final une id?e forte, ma voix, ma mani?re d'?crire, pour relier toutes ces ?nergies diff?rentes. Je ne voulais pas me limiter dans ma cr?ation. Je tenais ? m'affranchir de tous les dictats radiophoniques, t?l?visuels pour me retrouver avec des gens biens sous tout rapport pour faire de la musique.?

    Ne prend t'on pas le risque alors d'embarquer l'auditeur vers de fausses pistes, certes ?l?gantes, mais des fausses pistes quand m?me ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Sur le 1er, il y avait une chanson qui s'appelait ? Nos Jours Heureux ? qui parlait du moment o? l'on se rend compte qu'une relation amoureuse est cass?e et qu'on ne pourra plus revenir en arri?re, j'avais utilis? des mots simples, un discours simple et j'ai vu que les gens l'avaient interpr?t? de dizaines de mani?res diff?rentes. J'en ai m?me eu un qui pensait que j'?voquais les probl?mes de famine en Afrique (rire). C'?tait incroyable. Donc pour cet album, je me suis dit qu'il n'y avait pas ? avoir peur de faire des choses tristes et surtout sans crainte qu'on me taxe de faire un album totalement diff?rent pour d?sar?onner les gens. De toute mani?re quoi que je fasse, des gens diront du bien, d'autres du mal. ?

    C'est vous qui avez choisi le Br?sil pour cet exil volontaire du ventre de Paris ou c'est Caldato qui vous a pouss? ? quitter vos murs ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Ce fut un tir crois? ! J'?tais en train d'?crire mon album, donc je me posais des questions, j'avais ?crit une trentaine de chansons pendant la tourn?e et donc capable de sortir un deuxi?me disque vite pouss? par ma maison de disque, mais ?a aurait ?t? un peu genre les chansons que je n'avais pas gard?es pour le premier pour surfer sur une ?ventuelle bonne critique du premier. J'?tais en train de faire le point. Parall?lement ? ?a, je me suis mis ? ?crire pour Bashung et il m'a fait d?couvrir une autre mani?re d'envisager la musique. Beaucoup plus calme, sereine et r?fl?chie. Un peu comme ? l'?poque du premier, j'ai eu quelques gal?res, j'ai perdu des gens, j'ai eu des ennuis de sant? et je n'avais qu'une envie, c'?tait de partir loin, d'?tre perdu. Comme j'?tais perdu dans ma propre vie, je tenais ? aussi ?tre perdu loin de mes bases. J'ai, simultan?ment contact? Mario Caldato, un peu comme une bouteille ? la mer en me disant que ce mec, qui est un peu mon idole, me r?pondra jamais, l'a fait le lendemain en me disant qu'il aimait beaucoup mes maquettes et qu'il souhaitait que je sois le premier chanteur fran?ais ind?pendant qu'il produise. Il avait mix? Manu-Chao, produit Arno, qui est belge, et un groupe ou deux francophones dans les ann?es 90 mais sur des majors. Il voulait prendre un projet ? la base et le mener ? son terme. Par contre, il voulait que cela se fasse au Br?sil car il a un studio situ? l? bas, il ne demandait pas grand-chose financi?rement, mais juste que je le rejoigne dans ses installations au Br?sil et ? Los angeles. De cette volont? de ma part de m'exiler, j'ai d'un seul coup eu une r?ponse qui est venue de quelqu'un que j'avais en ligne de mire et que je n'osais m?me pas aborder et ce type m'a tendu la main pour faire mon exil ! De l?, j'ai pris ma guitare, empaquet? mes affaires et trois semaines apr?s, je partais le rejoindre pour un mois.?

    Et apr?s ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Ce qui ?tait important, c'est qu'il ?tait affranchi de toutes obligations de r?ussir. Il sortait de Beck, de Bjork, de Jack Jackson. P?cuniairement parlant, c'?tait tranquille pour lui et il voulait juste faire un album dont on soit fier, lui et moi. Sur le chemin de ce grand voyage, j'ai rencontr? diverses personnes. En France, qui que vous soyez, il y a un esp?ce de passif. On conna?t des gens, qui connaissent des gens, il y a des bruits qui courent. L? : aucun ? priori, il ne me connaissait pas et il m'a pris pour la personne que j'?tais. Au bout de 15 jours ? vivre en vase clos, on s'est rendu compte qu'on ?tait fait l'un pour l'autre (rire). Sa mani?re de travailler, hyper relax, cool, tr?s br?silienne dans la mani?re, moi ?a me convenait. Tout fut fait ? l'instinct. En plus, il m'a ouvert les portes de chez lui, j'ai pass? mes dimanches avec sa famille, c'?tait un truc dingue. Sur la route, j'ai rencontr? Kassin, Domenico Lancelloti, Mor?no Veloso et Vanessa Da Mata au Br?sil qui sont 4 artisans de la nouvelle sc?ne br?silienne effervescente. Un m?lange d'?l?ctro, de rock et de tradition. Et puis Money Mark ? Los Angeles, qui est venu spontan?ment suite ? une ?coute de mon disque dans une soir?e de mix qu'organisait Mario. Ce fut un peu la m?me histoire qu'avec Miossec sur le premier album et je n'ai encore une fois pas forc? le destin. ?

    Malgr? le casting, cela ne ressemble pas ? un disque Word du petit fran?ais en exil qui veut ?pater la galerie ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Ma crainte en partant l? bas, c'?tait ?a. A la base, j'imaginais un disque anglais, froid, clinique, quelque chose avec des programmations. A l'inverse des ? Choses en Face ? qui ?tait tr?s chaleureux au niveau du son. Forc?ment, les choses que l'on a en t?te sont rarement celles qu'on ?coute ? la fin. J'ai essay? par contre de ne pas tomber dans le Br?sil de carnaval rempli de clich?s. C'?tait dur, car j'?tais vraiment tout seul. Atmosph?rique ?tait dans un grand remaniement, on s'est s?par? d'Universal et je me suis retrouv? tout seul au bout du monde sans recul aucun. Ce n'?tait pas ?vident de savoir si j'?tais sur le bon chemin. C'est le syndrome du type qui part en voyage et qui s'ach?te un tee-shirt chouette qu'il ne portera jamais quand il regarde ?a chez lui en d?ballant ses affaires. Pour les musiciens comme pour moi, ce fut une belle aventure : parce que je leur faisais jouer des choses qu'ils n'?coutaient pas du tout. Ils ne connaissait pas Blonde Redhead, Arcade Fire, Gorillaz ou The Street, apr?s il y avait des ?l?ments communs comme Radiohead, Beck ou les Beastie Boys qu'ils connaissaient via Mario Caldato mais c'?tait marrant de leur faire ?couter des morceaux europ?ens et de leur demander de jouer dans ce style mais ? leurs mani?res. ?

    Vous avez l'air d'avoir aussi plus confiance en votre voix, que c'est presque par elle que vous trouvez du plaisir ? faire un disque ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Sur le premier disque je voulais faire quelque chose d'intime et cela passait par la voix. Par un exercice de style de la voix, quelque chose d'? peine audible, un souffle dur ? tenir. Apr?s j'ai eu quelques difficult?s ? l'adapter sur sc?ne. Sur sc?ne je voulais plus chanter. Ce qui fait que j'?tais en pleine schizophr?nie car je trouvais que je perdais l'essence m?me du projet intime. J'aime vraiment beaucoup chanter. Dans mes projets rocks ou ?l?ctro, je peux beaucoup plus moduler ma voix que ce que je peux faire quand je chante en fran?ais. Sur ce second opus, je voulais trouver (et ce fut le noud du probl?me avec Mario) et arriver ? faire comprendre ce souhait de m?langer le hip-hop, le rock et la pop. Faire un m?lange de ces 3 p?les avec ma voix en lien. Je ne voulais pas faire style ? rentre dedans ? avec du rock b?te et m?chant. L? on a beaucoup gamberg? sur la mani?re de placer ma voix, sur quelle tonalit?, et comment l'inclure dans cet album ? au milieu de ?. ?

    Vous allez peut ?tre me contredire mais on a l'impression que votre guitare est plus qu'un instrument dans vos chansons, que c'est cet instrument qui vous am?ne ? la fantaisie mais aussi ? d?passer votre pudeur ?
    Joseph d'Anvers :
    ?J'ai toujours besoin de ma planquer derri?re quelque chose. Que ce soit un pseudonyme ou une guitare. Dans les textes que j'?cris. c'est une longue r?flexion et ils veulent tous dire quelque chose. C'est vraiment un discours. Je m'y mets ? poil. Le premier album parlait des maux du cour et de l'homme autant celui l? parle des maux de l'?me. La guitare est ma premi?re confidente pour coucher sur un support mes textes. Je me suis achet? une guitare juste avant de partir pour le Br?sil car Mario ne voulait rien d'autre qu'une guitare qui sonne original, du coup j'ai ?cum? tous les vendeurs de Paris et de province pour la trouver et dor?navant elle me suit partout. Ca ?t? mon compagnon de route pour les voyages en tant que tel mais mon compagnon pour la mise en forme ?galement. ?

    Dans votre univers, il y a aussi cette id?e de la musique comme paravent ? toutes vos phobies ou vos doutes qui sont plus textuels ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Il y a une phrase que m'a dite Alain Bahsung qui m'a marqu?, c'est ? une chanson, on y vient pour la musique et on y reste pour les textes ?. Personnellement, j'ai ador? les chansons de Radiohead ou Gorillaz avant d'en conna?tre les textes. Pour leurs sonorit?s. Comme je ne travaillais qu'avec des gens qui ne comprenaient pas le fran?ais, j'?tais certain qu'ils allaient appr?cier les titres pour cette raison. Les 13 chansons devaient tenir en tant que son, uniquement. Ensuite, pour le texte et la compr?hension je tenais ? avoir un degr? d'exigence important. Pour offrir, soit un contre-pied, soit quelque chose qui appuierait sur la musique. Styler au fil de ces chansons pop quelque chose de plus personnel, de plus malsain, de plus boiteux. En tout cas un peu moins clinquant.?

    Il y a 13 chansons mais toutes courtes ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Le premier disque, toutes les chansons faisaient en moyenne 5 minutes. Quand je les jouais au bout d'un moment sur sc?ne, c'est dur ? dire, mais j'imagine ? peine Mick Jagger avec ? Satisfaction ? par exemple, mais j'avais une petite lassitude. Les chansons courtes sont venues de la tourn?e. Quand je jouais un rythme binaire et non ternaire, plus rapide, plus rock : je les assumais mieux. Je prenais plus de plaisir, et le public aussi, du coup moi j'en prenais encore plus et je les jouais encore mieux. Enfin voil? : le cercle vertueux. Autant le premier album, c'?tait un album d'?coute pour le CD, ? ?couter chez soi, autant pour celui l?, je tenais ? faire un disque qui n'ai aucune difficult? ? ?tre traduit sur sc?ne.?

    La pochette que vous proposez, et je sais que cela compte pour vous, rappelle ces disques ?lectroniques, un peu dans la m?me veine qu'Air ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Pour l'?l?ctro oui mais pour Air non. L'id?e c'?tait de trouver un artiste qui n'ai jamais fais de pochette. Mais un artiste avec un parcours cons?quent. J'ai donc rencontr? Sunil Pawar qui est un jeune londonien d'origine pakistanaise qui vient de la rue et qui s'est retrouv? r?cup?r? et institutionnalis? par les mus?es. C'est un mec qui expose et qui vient du hip-hop. Et tout de suite, il y a eu une synergie qui s'est install?e. Il bosse en plus comme DJ dans des clubs ? Londres et m'a demand? pour passer certains de mes titres avant m?me que l'on travaille ensemble sur la pochette. C'est un petit pas de cot? de ma part, car je ne pense pas qu'on s'attendait ? ?a.?

    Avec le succ?s, cela vous arrive encore de rencontrer ? des Daniel Darc ? pour vous sauver du d?couragement, car souvenons nous que pour le premier, c'?tait lui lors d'une rencontre au hasard qui vous avez dit de ne pas l?cher l'affaire ?
    Joseph d'Anvers :
    ?Je crois que Mario en a ?t? un bel exemple. Le d?couragement, il est quotidien. Il y a un esp?ce de protectionnisme et de prise z?ro dans l'industrie du disque. L'avenir n'est pas dans la conception de 10 clones d'un artiste qui marche, mais bien d'?tre original. Les clefs du succ?s passent par l?.?

    Pour conclure : pourriez vous me parler de ce projet pour Dick Rivers ?
    Joseph d'Anvers :
    ?On parlait d'une personne qui vous tend une perche comme Daniel Darc l'a ?t? pour moi il y a 4 ans ou Mario r?cemment et gr?ce ? eux et pour Dick ce fut la m?me chose, je recrois au pouvoir de la musique. Il m'a sollicit? pour jouer une reprise de Johnny Cash et ensuite quelque fois pour me demander des chansons. De fil en aiguille, je lui ai envoy? 3, puis 5 puis 7 chansons avant qu'il me demande de faire tout l'album. Je me suis lanc? dans l'aventure avec une esp?ce de fiert? car c'?tait la premi?re fois que quelqu'un allait lui ?crire un album en entier. C'?tait un beau pari. Et quand j'ai entendu la premi?re fois la voix de Dick sur mes maquettes, je me suis dit qu'il mettait 12-0 ? de jeunes groupes branch?s au niveau de l'interpr?tation. J'ai rencontr? quelqu'un de tr?s humain qui avait envie de coller ? son temps, alors que les auteurs auparavant qui lui fournissaient des chansons utilisaient le troisi?me degr?, le cot? j'ai connu Elvis. Et moi j'ai rencontr? quelqu'un de bless? par la vie, qui avance dans l'?ge. Alors, quand on parle de Dick Rivers il fait sourire, m?me moi le premier, mais j'avais cette mini pr?tention d'esp?rer qu'apr?s cet album, les gens ne sourient plus. ?

    Propos recueillis par Pierre DERENSY

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