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    Le 31 Mars 2008
    Par Pierre DERENSY
    J'ai maudit Rapha?l. Je crois que c'?tait en hiver pour l'un de ses concerts. Jusque l? j'appr?ciais tout ce que les autres, les pa?ens que nous sommes tous quelque part, lui portaient ? charge : sa fragilit?, son sens de la rime, les m?lodies s?ches et les ouragans de voyages. Nous ?tions lui et moi des nomades, perdu en plein d?sert barbare, ? vouloir obstin?ment percer le ballon gonfl?e ? l'h?lium de notre enfance envol? depuis longtemps.

    Je l'ai ha?s pour une autre raison. Dans la chaleur de son set, en plein match entre lui et la foule, il s'est permis de reprendre un titre des Clash ; et pour tout ce que cela renvois : on ne r?cup?re pas la bande de Joe Strummer, qui plus est dans la folie pyrotechnique d'une horde de fans ? briquets rose ? ph?notype f?minine qui ne connaissent pas grand-chose ? l'objet de culte (hors p?riode Rapha?lique) punk-ska. Je salue l'audace et le courage, je me m?fie de l'inconscience. J'?tais tellement d?pit? que j'ai pass?e le reste du concert au bar. Et lorsque ma douce est venue, tout sourire, m'avouer qu'elle ?tait s?rement amoureuse de lui : je l'ai quitt?. La faute ? l'alcool mais pas seulement.

    Il m'a fallu le CD live au Ch?telet, un moment fort et intr?pide pour remettre le nez dans son h?tel de l'univers. Sa collaboration ? l'Eldorado de Stephan Eicher m'a permis de remettre encore de l'eau dans mon vin. Il ?tait temps que je juge ? Je Sais Que la Terre est Plate ?. Soit pour lui dire tout le bien que je pense de son travail, soit pour lui casser la gueule du fait de ma d?pression sentimental.

    Rendez-vous fut donc pris. Au Royal Monceau. Le m?me lieu ou j'ai rencontr? Michel Sardou. J'esp?rais pour nous deux que les comparaisons allaient s'arr?ter l?. Rapha?l est myope, comme une taupe, et au jeu des questions-r?ponses il est une sorte de sniper qui ne laisse rien passer de vos approximations. Un myope avec un canon sci? point? entre vos yeux c'est plus que dangereux. Surtout quand vous n'avez pas trop peur de la mort comme moi. Aux questions ouvertes, il r?pond ferm?. Je vais vous livrer notre ? face to face ? ci-dessous, en vous pr?cisant bien que toutes les r?ponses qu'il m'a propos?es quand je les compile doivent faire au kilo : ? peine le quart d'une seule r?ponse d'un autre artiste.

    Ce que j'ai compris en analysant la chose, c'est que cet homme est un angoiss? perp?tuel, qu'il se d?teste peut ?tre, je ne sais pas exactement. C'est quelqu'un qui tourne autour de 1 000 ?preuves en forme d'?toiles alors comment voulez vous qu'il r?ponde de mani?re pragmatique ? vos questions beaucoup plus terre ? terre.

    Je ne suis pas peu fier de me tromper parfois. C'est peut ?tre le cas. Peut ?tre que la clef du myst?re qui plane autour de lui et que je pense avoir d?couvert va m'amener vers une rue sans issue. Car il prend souvent cette ? voie ? sur ce dernier disque, qui le m?ne vers un Christophe polyphonique, de l'autoroute des premiers tubes jusqu'? la d?partemental des derniers morceaux, ce que je suis certains c'est qu'il propose non pas un petit bijoux artisanal mais une grosse machinerie merveilleuse. C'est souvent tr?s agr?able de penser grand.

    Je crois que ce dernier album est d'une qualit? sup?rieur au pr?c?dent (?coul? ? 1 800 000 ex.) donc il risque de ne pas se vendre mais qu'importe.

    En l'?coutant chanter je me suis dis que c'?tait toujours ainsi que je m'?tais imagin? la voix d'un papillon de nuit. S'il y a toujours des d?parts et des arriv?es dans ses chansons, des histoires de cul recouvert de dentelles fines, des eaux saum?tres et du gris parfait, il y a aussi des moments vertigineux qui font que de la piste 7 ? Quand c'est toi qui conduit ? ? l'instrumental de la fin, rien n'est ? jeter ? cette face B d'un vinyle hypoth?tique qui serait us? jusqu'? la corde de la pointe en diamant de ma platine. Pour moi ce disque est une simple annale d'un ?corch? vif enfonc? consciemment sur les terres des cow-boys et des samoura?s. Mes coll?gues y trouveront ce qu'ils veulent, vous d?criront en profondeur titre par titre les morceaux. Je n'abois pas avec les chiens. Je garde le silence et je d?crypte les siens.


    Pour d?buter je voudrais savoir si tu connaissais le roman de Malcolm Lowry ? Sous le Volcan ? car s'il me fallait r?sumer tes disques et ta carri?re je prendrais ce livre ?
    Rapha?l : ?Moi aussi. J'adore ce livre. ?

    Il te ressemble un peu ?
    Rapha?l : ?Oui il est dingue. C'est un peu chiant mais en m?me temps il est d?ment et profond. Franchement tu ne pouvais pas mieux tomber. J'ai fais une chanson pour Eicher ?Rendez-vous ? qui parlait un peu de ?a.

    Justement j'allais y venir, la cha?ne qui relit le pr?c?dent album et le nouveau c'est il me semble cette chanson ?
    Rapha?l : ?Peut ?tre. ?

    Parce que pour moi : ? Le Vent de l'Hiver ? la premi?re chanson de ton nouvel album d?bute avec ce sentiment d'un voyage au pays de la musique Klezmer ?
    Rapha?l : ?Je trouve ?a tr?s joli mais je ne connais pas bien cette musique. Je pensais plus ? un cot? russe. Pour le changement de tempo et la clarinette je te rejoints mais c'est vais que c'est bizarre, je ne sais pas ce qui m'a pris (rire). ?

    Alors pendant que Christophe pense que la terre penche, toi tu la trouves plate ?
    Rapha?l : ?Oui moi je pense qu'elle est plate. mais si elle penche et qu'elle est plate quelque chose me dit que ce n'est pas bon (rire). ?

    Serait tu un disciple de Lactance qui est l'un des premiers ? avoir d?clar? que la terre ?tait plate ?
    Rapha?l : ?Tu penses que je suis un extr?miste religieux ? (Rire) L'histoire est plus simple, il faut toujours trouver un titre ? un album et pour trouver un titre j'essaye de trouver dans mes chansons une phrase qui pourrait coller. Et celle qui me semblait la plus ?nigmatique et la plus int?ressante c'?tait celle l?. J'aimais cette id?e de truc non cart?sien. Il y a une distance po?tique, quelque chose qui se trouve au del? de l'id?e et du langage. J'aimais bien aussi soutenir que les choses ne sont pas forcement ce qu'elles semblent ?tre. Dans ce disque j'?tais branch? sur le pilotage d'avion. voil? c'?tait donc un ensemble de trucs.?

    J'aime bien cette id?e que tu ne dis pas ? je crois ? mais ? je sais ?, ?tre chanteur c'est ne jamais tomber dans le doute ?
    Rapha?l : ?Je ne refoule pas le doute. Je le laisse vagabonder, il coule ? flot en permanence. Je suis certainement trop dans l'exercice du doute. Par contre quand je fais des choses je ne me laisse pas gagner par le doute, c'est ? partir du moment o? je ne peux plus les changer. ?

    A partir d' 'Adieu Ha?ti' on change de continent, comment as tu convaincu Frederick Toots de venir chanter avec toi ?
    Rapha?l : ?Je l'ai rencontr? ? Solidays. J'ai fais cette chanson en ao?t dernier et quand je l'ai faites je pensais d?j? ? lui. Je lui ai simplement envoy? un mail et il m'a r?pondu ? ok je vais le faire ?. J'ai toujours ?t? fan de lui et je peux te dire que ce fut un tr?s beau cadeau de le voir participer ? mon album.?

    Peut on dire que c'est ton disque Word au vu du casting des musiciens ?
    Rapha?l : ?Non parce que finalement sur le pr?c?dent c'?tait d?j? ?a. Ca ne se sent pas au final cette empreinte word. J'ai beau prendre les mecs les plus funky de la plan?te je ne serais jamais funky (rire). Il y a une esp?ce de magie qui fait que lorsqu'ils viennent ils se font sciemment absorber par mon univers et au final cela reste dans ma veine. ?

    Quand on est en studio avec ces musiciens de tous les horizons se sent on dans une Tour de Babel qui ne se casse pas la gueule ?
    Rapha?l : ?Les seuls un peu compliqu?s sont les musiciens africains. Ils sont capables de te jouer du jazz alors que ce n'est pas ? l'origine et dans la demande cette couleur que tu demandes. Robert Aaron est une sorte d'hybride entre le continent africain et am?ricain. Il est dingue et s'adapte ? tout alors qu'il est canadien. Les autres ce sont des am?ricains ou des anglo-saxons. Ils se connaissent tous, ils ont tous jou?s avec Bowie, Dylan, Springsteen et ainsi de suite donc ils entendent la musique de la m?me mani?re.?

    L'Afrique est la terre d'origine de l'esp?ce humaine donc de la musique ?
    Rapha?l : ?En tout cas elle vient beaucoup de l? bas. Le blues il vient de l? et le rock vient du blues.?

    Tu paraphrases un artiste l? ?
    Rapha?l : ?Je ne vois pas. hum. Johnny peut ?tre (rire). Mais le blues vient du Mali.?

    L'avion est tr?s pr?sent dans cet album ?
    Rapha?l : ?Oui. fini la caravane. C'est l'avion postal. Aux ailes de toiles. Je suis tr?s nostalgique de l'?poque des h?ros de l'a?ropostal. Enfin j'ai pas connu mais je pr?sume que cela devait ?tre cool.?

    La nostalgie est ton meilleur amis ou ton pire ennemi ?
    Rapha?l : ?C'est un bon ami. Une bonne amie.?

    Quand on part dans une nouvelle aventure avec 1 800 000 disques vendu du pr?c?dent on se dit que c'est compliqu? de rester sur les cimes ?
    Rapha?l : ?C'est assez compliqu? ? g?rer. Disons qu'un gros succ?s c'est une exp?rience qui vous affecte. Qui vous atteint serait plus juste. Je trouve beaucoup plus de cot?s positifs que n?gatifs ? cela. Mais en fait cela fait une grosse mont?e et une bonne descente. Ce qui est difficile c'est de g?rer la descente.?

    On a toujours l'espoir de remonter ou tu te trouves bien en bas ?galement ?
    Rapha?l : ?On est bien en haut (rire). ?

    C'est grisant parfois ?
    Rapha?l : ?C'est agr?able. Ton disque marche bien, tu remplis des salles de concerts. C'est formidable. ?

    Cela implique ?galement un manque de critiques envers ton travail vu que tout marche ?
    Rapha?l : ?Au contraire. Plus tu as un succ?s commercial fort plus ton travail est expos?. Il y a des gens qui se d?finissent par le n?gatif. Cela devient tellement un truc de masse que l'?lite finit par dire que c'est uniquement pour les cons vu que ?a marche. Mon probl?me n'est donc pas un manque de critiques (rire). Ce n'est pas quelque chose dont je souffre tous les jours.?

    Toutes les chansons sont courtes, ?tais ce un choix ou cela s'est il fait naturellement ?
    Rapha?l : ?Je fais des chansons courtes car j'ai toujours peur de faire chier les gens. Ensuite j'aime bien le format radiophonique pour mes chansons. ?

    Celui l? a peut ?tre moins de singles ? rep?cher dans le tout ?
    Rapha?l : ?C'est possible. je ne me suis pas pos? cette question en ces termes. Pour ? Caravane ? on m'avait dit qu'il ?tait pas single-isable.?

    C'est un album court mais en amont tu avais beaucoup de mat?riel ?
    Rapha?l : ?J'avais une soixantaines de chansons. apr?s tu en as qui ne sont pas terribles, d'autres qui ressemblaient trop ? ? Caravane ? ou ? des chansons que j'avais d?j? faites par le pass?e, ensuite tu en avais qui ?taient bonnes mais ne s'int?graient pas dans le disque. G?n?ralement je fais des maquettes chez moi qui serviront de bons guides et ensuite je ne pr?pare pas plus que cela pour laisser jaillir l'inspiration dans tous les sens en studio.?

    Y a-t-il une chanson justement sur ce magma qui t'a ?tonn?, que tu ne pensais pas inclure et qui finalement a trouv? sa place sur l'album ?
    Rapha?l : ? ?Je sais que la Terre est Plate ? par exemple. L'apport des musiciens joue un grand r?le dans mes choix finaux. ?

    Partager la production d'un disque entre 2 personnes en plus de toi, tout en gardant une unit? c'est facile ? r?aliser ?
    Rapha?l : ?J'ai bien eu raison de me choisir (rire). Je suis peut ?tre le cha?non manquant (rire). L'unit? vient de l? je pense. J'aime bien bosser avec plusieurs r?alisateurs. Prendre des types diff?rents. J'avais une enti?re confiance en Toni Visconti et Renaud Letang. ?

    Tu ?tais l? pour faire tenir le navire ?
    Rapha?l : ?Exactement. ?

    La chanson ? Les Limites du Monde ? me fait penser au film ?Le Scaphandre et le Papillon ? ?
    Rapha?l : ?J'ai trouv? le film somptueux. Cette id?e de voyage immobile. Ce type qui est clou? dans un lit et qui r?ve aux femmes et ? la volupt?. ?

    Dans cette soci?t? n'as-tu pas l'impression d'?tre justement dans un scaphandre ?
    Rapha?l : ?Un asile plut?t (rire).?

    Quand tu proposes un album, tes chansons sont offertes ? qui : ? toi, ? une personne en particulier ou ? un public plus large ?
    Rapha?l : ?Aux 3. Quand j'?cris une chanson c'est destin? ? une personne proche, mais apr?s je ne pourrais pas me contenter de ces gens l?. Je ne peux pas me dire que mon disque plairait ? 10 personnes et ensuite j'en ferais un autre.?

    L'instrumental en bout de disque c'est pour faire plaisir ? qui ?
    Rapha?l : ?A la base c'?tait une chanson avec un texte, une m?lodie. La voix m'?nerv? et j'ai trouv? ?a vachement mieux. J'aime bien quitter un disque par un instrumental. ?

    Tu as fais ? nouveau appel ? Olivier Dahan pour ton clip, qu'est ce qui te plais dans son univers ?
    Rapha?l : ?Tous les autres clips qu'on avait fait ensemble j'avais boss? sur le sc?nario. Alors que l? je n'arrivais pas ? faire fonctionner mon imaginaire. J'?tais partis sur un truc trop romantique qui surlignait trop mon discours. Je l'ai laiss? faire et je trouve qu'il s'en ait bien sorti. Il g?n?re quelque chose ce type. Tu peux arriver sans id?es, en 2 heures il g?n?re le chaos en toi et te sort toujours quelque chose de fabuleux. Il ?coute tout ce que tu dis, il est r?ceptif et humble.?

    Je remarque que tu parles beaucoup mieux des autres que de toi-m?me ?
    Rapha?l : ?Ha bon ? Tu veux que je dise que je suis humble et super ? C'est difficile de porter un jugement de valeur sur ma personne et mon travail. Si c'est n?gatif je ne vois pas ce qui est int?ressant et si c'est positif cela peut para?tre de la pr?tention.?

    L'album a ?t? enregistr? ? partir de fin Septembre, pendant toute cette p?riode tu es comment ?
    Rapha?l : ?Je pense que je suis insupportable. C'est tr?s dire ? vivre pour les gens autour de moi. M?me apr?s tu sais, c'est un m?tier qui est dur. Dur pour les autres. On ?puise les autres. C'est tellement important pour nous. ?

    Participer aux Aventuriers d'un Autre Monde ce fut enrichissant ?
    Rapha?l : ?On s'est bien marr?. Il n'y avait que Bashung que je ne connaissais pas. Et ce fut une r?v?lation, ce type a une classe folle. Ce qui est dr?le c'est qu'on sort pratiquement tous un nouvel album ? la m?me p?riode sauf Jean-Louis Aubert. On va voir si cela nous porte chance cette histoire (rire).?

    Tu t'int?resses aux chiffres de ventes de tes albums ?
    Rapha?l : ?Oui. ?

    1 800 000 albums alors ?
    Rapha?l : ?C'est un bon chiffre (rire). ?

    Oui mais peut on intellectuellement l'imaginer ?
    Rapha?l : ?Cela devient abstrait. Mais en fait c'est cool (rire) je pr?f?re largement ?tre de ce cot? de la barri?re.?

    Propos recueillis par Pierre DERENSY

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