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Le 28 Janvier 2008
Par Pierre DERENSY
Rodolph Burger est un artiste qui force l'admiration. Ne se laissant pas cloisonner par une cr?ativit? d?bordante, il s'est m?me donn? les moyens pour exploiter au mieux cette ? tare ? (propre studio, propre label). Toujours gracieux et pos?, formidable conteur et passionn? de la vie, ses albums sont autant de surprises, de d?couvertes envers des endroits inexplor?s de son spectre musical. Bref, Burger est un chanteur pr?sent, dans un paysage qui ne saurait dire, s'il est la belle ou la b?te aux yeux de certains. Rencontre avec ce touche ? tout de g?nie, cet artisan de la musique, et cela : ? l'A?ronef pour un ? No Sport ? et une r?sidence de 15 jours.

? No Sport ? ?
Rodolphe Burger : ?C'est une r?ponse de Churchill au secret sur sa long?vit?. Alors cette citation est barr?e. mais ? peine. Ce n'est pas une citation de guerre au sport. Je ne voulais pas d'un angle avec un paquet de cigarette sur la pochette ou des ?missions de t?l? pour d?fendre le tabac. Cela ne veut pas dire plus que ?a. Mais c'est un ton, un d?tachement, une prise de distance face aux choses lourdes qui nous assaillent dans la vie. C'est juste un slogan amusant.?

Je trouve de plus qu'il y a beaucoup de similitudes entre le sport et la musique, ce sentiment de performance, de travail d'?quipe et de r?sultat. Faut il ?tre un athl?te pour chanter ?
Rodolphe Burger : ?Spontan?ment en tourn?e nous avons tendance ? utiliser un langage sportif. Nous en prenons m?me des m?taphores de mani?re comique. Il faudrait en parler ? Fred Poulet. Gr?ce ? lui j'ai crois? Vikash Dhorasso qui est un vrai sportif et cependant dans une extr?me prise de distance sur l'id?ologie du sport. Les vrais sportifs sont peut ?tre dans la m?me difficult? dans le monde du sport que les musiciens face au monde du spectacle : ? la fois, on aime beaucoup ?a car c'est notre passion mais toutefois pris au pi?ge dans un syst?me qui ne nous convient pas.?

Vikash Dhorasso s'est d'ailleurs fait rejeter de son milieu, n'as-tu pas l'impression parfois que tu tra?nes ?galement une image qui n'est pas forc?ment fond?e ?
Rodolphe Burger : ?Tout ? fait mais je dois dire qu'? force d'obstination et ? force d'enfoncer le clou il y a des choses qui finissent par changer. J'ai l'impression que le cot? intello de Kat-Onoma n'est plus aussi stigmatis? quand on parle de moi. Ce qui me rendait dingue c'est que ce qualificatif ?tait un reproche. ce qui reste incroyable surtout par des journaux dont la plupart des journalistes ?taient des intellos ou des demi-intellos. Cela venait du fait que je n'ai pas dissimul? que dans une vie ant?rieure j'ai ?t? professeur de philosophie donc une profession honteuse (rire) et peut ?tre aussi dans le rapport aux textes. On soulignait souvent que Kat-Onoma reprenait du Shakespeare mais laissait sous silence que dans le m?me disque nous reprenions 'Be Bop A Lula'. Ce qui est emmerdant c'est qu'on te reproche un truc que tu assumes tout ? fait. ?

De plus Diog?ne ?tait peut ?tre le premier rockeur ou punk de l'univers ?
Rodolphe Burger : ?En plus j'ai quand m?me fait du rock avant de faire de la philosophie. Entre 11 et 17 ans mon activit? principale c'?tait la musique ! La philo je l'ai d?couverte apr?s et je peux te dire comme tu le soulignais, que les 2 univers ne sont pas si ?loign?s que ?a. La philosophie est pour moi une sorte de contre-culture. Ce qui ?tait emmerdant aussi c'est que dans le groupe j'?tais le seul concern? par cette ?tiquette, je leur faisais porter la pancarte ? tous. ?

On te sent ?nerv? par ?a ?
Rodolphe Burger : ?Pour des raisons de fond. C'est une caract?ristique de la critique europ?enne et peut ?tre fran?aise. C'est quelque chose que tu peux observer par rapport ? la r?ception du jazz, toutes les formes novatrices du jazz ont eu la reconnaissance culturelle surtout en France. Mais c'?tait toujours sur le m?me mode : des critiques qui venaient exhumer la g?nialit? implicite d'une musique brute. C'est-?-dire que le musicien noir il fallait qu'il soit obligatoirement inconscient de son art et du coup laisser au critique la th?orisation de sa musique. Le musicien noir ?tait juste un sauvage g?nial. Charly Parker n'?tait pas un g?nie inconscient. Je me souviens d'un article des Inrocks qui nous reprochait de ne pas ?tre des hooligans comme les Happy-Mondays. A croire qu'ils adoraient se faire casser la gueule par les mecs quand ils allaient les interviewer en Angleterre. Si le type ?tait compl?tement bourr? ou une brute ?paisse, c'?tait la garantie de se retrouver en face de vrais artistes.?

Pour en revenir au nouvel album, il me semble construit comme un concert classique, ? Avance ? en mise en bouche pour ensuite se plonger dans votre univers ?
Rodolphe Burger : ?Comme tr?s souvent, ce fut une vraie prise de t?te l'ordre des titres. C'est ?a qui est marrant avec les disques, c'est comment ? la fin le produit propos? semble ma?tris? alors que dans la construction il y a eu plein de doutes. C'est se retrouver ? analyser soi-m?me l'interpr?tation du r?sultat. C'est la m?me id?e qu'avec le live : il doit y avoir une balance entre ce qui est pr?m?dit?, calcul? et r?fl?chi avec l'impr?vu, le risque et l'accident. La sensibilit? ? l'accident, c'est un m?lange de chance et d'occasion. ?

Le disque chez toi n'est il pas l'esquisse d'un tableau qui serait la sc?ne ?
Rodolphe Burger : ?Ce qui est paradoxale c'est que le disque est peut ?tre en train de dispara?tre tant dans son format mat?riel ou de dur?e mais c'est vrai que je l'ai encore con?u comme un disque ? traditionnel ?. Ce n'est pas la m?me logique qu'un set du live. J'aime bien que le disque devienne une partition qui programme un live. La partition doit par contre sur sc?ne ?tre vivante et remix?e par l'impr?vu. Pour le coup il y a des disques que je ne pensais pas pouvoir peindre en concert et tr?s curieusement, par exemple avec 'M?t?or Show' alors que je concevais qu'il allait rester ? seulement ? un beau disque, j'ai pu en retirer une douzaine de dates et ce furent mes meilleurs souvenirs de concerts. Justement parce qu'on a r?injecter des guitares dedans et c'est mont? au carr? ! ?

La carte du monde musical de Rodolphe Burger peut tracer un parcours qui va d'Europe, vers l'Am?rique et l'Afrique pour ses racines, est ce facile ? concilier dans sa t?te un si long chemin?
Rodolphe Burger : ?Parfois ?a siffle (rire). Il y a de la circulation dans ma musique ?a je le conviens. Dans ce disque j'ai laiss? poindre des choses que j'aime beaucoup mais que j'avais laiss?es par modestie. Des petits traits ? la Farka Tour?. On peut aussi parler de l'Ouzb?kistan que j'ai d?couvert par Yves Dormoy et je constate ? mon ?merveillement qu'on peut ?tre de plein pied avec des musiciens de ce pays alors que nous ne parlons pas la m?me langue et trouver pourtant des zones de connexion. C'est la magie absolue de la musique ! Une connexion des ?mes qui passe la barri?re de la langue. Cela devient psych?d?lique (rire).?

C'est plut?t bon signe dans cette soci?t? protectionniste ?
Rodolphe Burger : ?Absolument, les musiciens sont cosmopolites. La libert? de circulation que d?fend le Gisti est extr?mement concr?te pour les musiciens. Mais de la m?me mani?re il y a aussi de la musique r?actionnaire, de la musique qui joue le repli sur le territoire, la tradition et le folklore. Je trouve le climat sonore en France tr?s ?touffant. Il y a une grande tradition d'accueil de la musique ici et pourtant ce qui domine les m?dias lourds ne refl?te pas ?a. C'est la chanson fran?aise, la nouvelle chanson fran?aise, l'accord?on : ?a me terrifie ! Cela me glace ! Non pas que l'on ne peut pas faire quelque chose avec ?a : si tu ?coutes les Rita-Mitsouko et leur mani?re de jouer avec ces codes. Fred Chichin ? cr?e certes un titi parisien mais transport? vers les autres, avec toutes ces influences ?trang?res.?

Je reprends un titre du disque qui est 'Ensemble' et je te demanderais au vu de la chanson si tu n'as pas h?sit? ? la laisser sur l'album ?
Rodolphe Burger : ?J'ai beaucoup h?sit?. Le texte est un mouvement d'humeur. Ce n'est pas un pamphlet. Nous l'avions d?j? fait en donnant des noms et en mettant les points sur les ? I ?. L? ce n'est pas le cas. Il y a 2 choses qui m'ont convaincu c'est que 1) elle ne jure pas musicalement du reste de l'album et s'int?gre tr?s bien et 2) car je constate que certaines personnes ne comprennent pas que je parle de quelqu'un. Il y a un truc g?n?ralisable : amis ennemis qui n'a pas de prise sur un fait politique ou de soci?t? bien pr?cis. Par contre cette chanson date le disque, c'est une circonstance li?e ? un contexte. Ce qui me g?nait c'est qu'on puisse focaliser l?-dessus et qu'elle devienne la chanson embl?me de l'album pour de mauvaises raisons. ?

Il y a 2 piliers dans ce disque ? mon sens : ?Arab?c?daire ? et ? Marie ? qui sont 2 duos ?
Rodolphe Burger : ? 'Marie' c'est un morceau qui fut d?clencheur dans ma possibilit? d'?crire ? la premi?re personne, ce que je n'avais jamais fait et encore moins un blues. C'?tait quelque chose de l'ordre de l'impossible ou m?me de l'interdit. Forc?ment c'?tait quelque chose qui paradoxalement me titillait. C'?tait nos retrouvailles avec Liam Farrell sur ce titre sans engagement sur une r?alisation d'album. C'est ? ce moment o? j'ai fait ce blues ? 4 heures du matin avec une guitare cithare, un micro ? ruban. Ce sont des petits ?l?ments concrets qui jouent un r?le. Cela peut para?tre banal mais pour moi encore une fois c'?tait comme r?ussir l'impossible. Cette chanson je tourne autour d'elle depuis longtemps. Cette th?matique qui te dit ? porte un message ? celle que j'aime mais dit lui que je suis mort ? c'est le blues le plus foudroyant qui soit. Que James Blood Ulmer vienne chanter de sa propre initiative sur ce morceau ce fut magique.?

Et Rachid Taha sur l'Arab?c?daire ?
Rodolphe Burger : ?Je ne voulais pas faire un duo pour le principe. C'est souvent artificiel. Je d?sirais que pour l'un et l'autre ce ne soit pas une simple invitation. Je voulais faire quelque chose avec Rachid. On s'est rapproch? r?cemment. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, il m'a fallu du temps pour bien le conna?tre et je l'estime ?norm?ment. Nous avons eu le m?me manager ? une ?poque. Il a v?cu comme moi ? Sainte-Marie-aux-Mines ce qui est un fait dingue de s'imaginer, dans ma petite ville natale d'Alsace d'avoir pu croiser le petit Rachid. Un jour il m'envoi un SMS 'Il faut que tu chantes en arabe !' donc je lui ai propos? d'?tre mon professeur d'arabe. On est parti sur cette id?e. Dans mon coin j'ai pr?par? la s?ance et de fabriquer une musique qui ne faisait pas faussement arabe tout en restant en rapport avec la rugosit? de la langue. J'ai fabriqu? cette musique bizarre. Je fais jouer les musiciens du conservatoire pour les percutions. Et voil? Rachid qui d?barque avec un manuel d'apprentissage qui s'appelle 'L'arabe essentiel'. Et l? il suffisait de faire du cut-up de ces ?l?ments. Il chante en improvisant. On m?lange le professeur et l'?l?ve. Le r?sultat n'a aucun ingr?dient traditionnel d'une chanson : pas de refrain, pas de couplets. Pourtant il y a un poids : celui de chanter quelque chose d'extr?mement politique sans rien dire du tout. ?

Tu collabores avec beaucoup d'artistes diff?rents, est ce encore un r?flexe de groupe ?
Rodolphe Burger : ?Le contraire plut?t. Une des choses qui favorise de ne pas ?tre en groupe c'est qu'on peut aller beaucoup plus facilement ? la rencontre des autres. En groupe on vit en vase cl?t, dans une assez grande solitude. C'est ? partir des ann?es 90 que j'ai pu m'ouvrir aux autres artistes. ?

On te retrouve sur des projets, des collaborations parfois grand public et parfois tr?s pointus : mais il semblerait que ce qui te motive c'est l'amiti? plus que l'artistique qui pourrait en d?couler ?
Rodolphe Burger : ?C'est imbriqu?. Tu ne peux pas dissocier les deux. L'affect joue beaucoup. Avec les musiciens je peux te parler de fraternit?.?

Ton ?clectisme musical le retrouves tu dans ta vie quotidienne ?
Rodolphe Burger : ?Oui, on peut parler d'un app?tit pour l'alt?rit? ! (Rire) C'est un ?merveillement de l'autre que d?crivent tr?s bien les auteurs voyageurs. J'adore le sentiment d'?tre perdu. Cela m'arrive facilement lorsque je vais au Japon.

De Derni?re Bande, ton propre label ? Capitol il y a beaucoup de diff?rences ?
Rodolphe Burger : ?Disons que cela aurait ?t? impossible que je produise moi-m?me ? No Sport ? simplement car j'avais besoin de temps. Dans le cadre de Derni?re Bande j'ai pu faire beaucoup d'albums, j'en fais encore, cela offre une libert? artistique extraordinaire surtout en ayant son propre studio mais c'est une histoire difficile ? tenir ?conomiquement, surtout aujourd'hui. Les projets eux-m?mes ?taient li?s ? des circonstances ou des rencontres. Transformer une r?sidence en production d'album : c'est formidable mais ne te laisse pas le temps d'aller ? la mine. Chercher de nouvelles choses. Tu remets tout ? plat sur tes questions fondamentales. Je n'ai aucune id?e de rien sauf de ne pas refaire. Je ne voulais pas proposer ? Capitol un album exp?rimental que j'aurais pu faire moi-m?me en 3 jours. L'enjeu c'?tait de faire un album communicant sans baisser l'exigence.?

Ta r?sidence ? l'A?ronef est une longue histoire d'amour avec cette structure ?
Rodolphe Burger : ?C'est quelque chose de pr?cieux et de rare cette r?sidence. Au fond c'est le temps qui nous est offert ici qui est magnifique, bien sur il y a l'accueil et les conditions techniques mais il y a quelque chose d'historique entre nous. Nous avons fait beaucoup de choses ensembles. Le fait de se sentir soutenu dans un nouveau projet ?galement et cela de mani?re, pas aveugle, mais disons tr?s en confiance car le projet de l'album ?tait encore dans les limbes. ?

Cela instaure une relation particuli?re avec le public de la salle ?
Rodolphe Burger : ? Il y a une continuit? qui est ?vidente. Cela ne se mesure pas forc?ment en spectateur mais par exemple au vu de mon attachement ? l'A?ronef, la semaine derni?re nous avons eu ce projet ouzbek au Palais des Beaux-Arts de Lille. ?

Propos recueillis par Pierre DERENSY

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