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  • Derri?re la porte
  • Liste des interviews » Interview de Jil Caplan

    Le 04 Juin 2007
    Par Pierre DERENSY
    ? Derri?re la Porte ? est un de ces disques qui s?installe dans une vie, qui prend ses aises, fourmillant de cavit?s obscures et de points d?eau. C?est un album tendre et romantique, qui s?entend plus qu?il ne s??coute. Avec toute la pr?cision que demande un travail d?orf?vre, Jil et Jay (Alansky) r?alisent une sorte d?ode musicale ? la bio-diversit?. Sure d?elle m?me, la jeune femme s?est transform?e en femme fatale qui conna?t le tarif d?une existence o? le plaisir a toujours pris le pas sur l?abandon.

    Qui y a t?il ? Derri?re la porte ? ?
    Jil Caplan : ?C?est avant toute chose de l?espoir. Un espoir sans issue, une ?nergie du d?sespoir d?un noy?. C?est tir? de la chanson ? ? la fen?tre ?? En fait cette fille, en l?occurrence moi, qui se sent un peu cern?e, un peu isol?e, seule et qui se dit : il faut faire quelque chose. J?ai ?crit cette chanson avec cette phrase qui ?tait : il faut que la lumi?re apparaisse. Que l?h?licopt?re arrive ? temps ! Derri?re la porte, c?est toutes les sensations ext?rieures que je peux ramener, c?est la violence de l?existence, qui est charri?e partout autour de nous et qui p?n?tre dans nos existences??

    On sent une sagesse en toi, une philosophie de vie proche du bouddhisme ?
    Jil Caplan : ?Bouddhiste ?a me fait plaisir qu?on le remarque parce que c?est une philosophie qui est tr?s belle, qui nous permet d??tre plus intelligents, de r?fl?chir sur la vie et de comprendre mieux les choses. Par contre ? sage ? je pense que lorsqu?on ?crit un livre, quand on fait un album de chansons, on essaye toujours de mettre le meilleur de nous m?me. On a envie d?extraire le meilleur jus.?

    Il y a peut ?tre eu plus de perfectionnisme sur ce dernier disque par rapport ? tous les autres ?

    Jil Caplan : ?J?approuve. De mon c?t?, je le suis toujours mais parfois en face de moi, ce n?est pas le cas. Un disque c?est une ?quipe, une voiture qui roule. Jay et moi ?tions sur cet album au petit poil, exactement ? sa place, il devait ?tre conforme ? ce que l?on avait dans la t?te, une projection mentale de l?album, pour en l??coutant avoir ce que l?on avait mis dans nos t?tes. Nous voulions le retrouve en terme de sensation.?

    Tu retrouves ton comparse des d?buts : Jay Alansky apr?s une parenth?se dans votre collaboration, est ce encore l?id?e de la muse et du Pygmalion ?
    Jil Caplan : ?C?est l?avantage et l?inconv?nient de vieillir mais dor?navant c?est plus un travail d??gal ? ?gal. Je l?ai rencontr?, j??tais excessivement jeune, je ne connaissais pas grand chose m?me si je la ramenais beaucoup (rire), et lui cristallisait une part de ses fantasmes sur moi et j?aimais ?a, car c?est une image qui m?allait bien. Je n??tais pas une sorte de poup?e Barbie ?pur?e. Ce qui est bien avec Jay et qui perdure, c?est que lorsqu?il rencontre quelqu?un, il veut que la personne soit elle m?me, il a une vision de la personne juste et ne fait que dire ? Devient ce que tu es ?. Simplement, tous les scories, il va te les enlever. Et ?a il faut l?accepter. M?me l?, quand je lui apportais certains textes, j??tais tr?s contente, et lui ?tait capable de trouver le th?me moins fort, qu?il ?tait redondant. Bon sur le moment, on est chamboul? mais si l?on fait acte de r?flexion, on se rend compte qu?il a raison. Jay c?est l?inverse du meilleur ami qui te dit alors que tu es amoureuse d?un cr?tin, que ce type est g?nial quand tu lui pr?sente pour la premi?re fois, et qu?au moment de la s?paration revient pour te dire ? je le savais ?.

    Dans ce milieu tu as du en voir beaucoup de l?hypocrisie ?
    Jil Caplan : ?Oui mais pire encore, il y a un moment de l?indiff?rence. C?est ? dire que tout le monde s?en fout de ta gueule. A part si tu vends des tas de disques o? l? les gens rient ? gorge d?ploy?e ? la moindre de tes phrases. Mais des gens qui s?int?ressent ? ce que vous faites, il n?y en a pas beaucoup. Ce qui ne m??tonne pas, car dans la vie c?est exactement pareil. Que tu ailles dans une usine ? chaussures, que tu ailles chez Renault o? les mecs se suicident, c?est tr?s fran?ais d?avoir tout le temps cette critique ? la bouche.?

    La nuit tous les chats sont gris mais l?inspiration est elle grisante pour Gil Caplan ?
    Jil Caplan : ?C?est ? ce moment l? qu?elle a le plus de chance de remonter ? la surface. L?inspiration ne vient pas par hasard. Il y a des circonstances plus favorables que d?autres. Quand on a une vie de merde, dans une neutralit? de soi, de pens?es, de vie, ce n?est jamais tr?s inspirant ces moments l?. Au contraire, quand on est dans des moments excitants, extr?mes de l?existence je pense que c?est l? qu?on ressent quelque chose de fort et qu?on a envie de l?exprimer. Mon inspiration s?est nourrie de nos conversations avec Jay. Nos joutes verbales. Effectivement, parfois on travaillait quelques heures dans l?apr?s-midi, puis on passait 2 ou 3 heures ? discuter et le soir je rentrais en scooter dans Paris ? la belle nuit de mai chaude et pendant tout ce trajet, je sentais des mots qui remontaient. Donc chez moi je faisais vite ? manger, je leur disais de se d?p?cher de bouffer pour qu?apr?s, quand tout le monde est couch?, la nuit pose une atmosph?re particuli?re sur nos vies. J?adore la nuit, elle a les capacit?s de me faire penser diff?remment et mes sentiments sont beaucoup plus forts.?

    Tu as d?clar? que Jay et Toi vous ?tiez tous les deux bless?s, peut on savoir ce qui vous avez meurtri ?

    Jil Caplan : ?Il y a des p?riodes que l?on traverse qui sont plus extr?mes que d?autres. Avec l?impression d??tre sur un rocher pointu. Je pense que nous ?tions tous les deux ? cet endroit l?. Moi je n?avais plus de label, j?avais le ressort : pas cass? mais bien endommag?, et d?une certaine fa?on, j?en souffrais. Le fait que l?on se retrouve tous les deux, lui avec la fin du parcours de son groupe ?lectronique, moi j?avais d?cid? de passer ? une autre vitesse. Avec ce qu?on avait v?cu l?un l?autre de choses diff?rentes.?

    La solitude t?a touch?e et transpara?t dans tes textes, mais plus que tout elle t?a permis de rebondir sur ce disque et de souffler l?espoir ?
    Jil Caplan : ?Je pense aussi. G?n?ralement on me dit que c?est un disque triste et noir. C?est un album qui a voulu s?encrer dans une r?alit?, une v?rit?. Evidement que j?esp?re sublim? par le prisme de l??criture et de la musique. Dans toutes mes chansons, il y a la lumi?re des mots face ? la vie dans ce qu?elle a de plus sale.?

    La chanteuse avec un bac litt?raire en poche, puise t?elle son inspiration dans la litt?rature ?

    Jil Caplan : ?Pas tant que ?a. Avant je m?en servais beaucoup. J?essayais m?me des fois de restituer une atmosph?re que j?avais lue. On a des exemples, des ma?tres, mais je pense qu?avec ce disque et ce qui est important pour moi, c?est d?avoir la sensation d?avoir commenc? ? trouver ma propre voie.?

    Jil Caplan perd un peu de son cot? glamour pour une image plus r?elle ?
    Jil Caplan : ?Le cot? glamour ?tait du ? ma jeunesse, j??tais dans un r?ve d?images, d?imagerie. Entre temps, j?ai essay? de trouver ce qui faisait qu?on devenait un artiste ? part enti?re. C?est un gros travail, ?a n?cessite une mise ? nue. Il y a des choses que je n?aurais jamais os? dire ou chanter. Et c?est ?a qui est int?ressant ? dire. Quand je lis les auteurs am?ricains que j?adore : Fant?, Buckowski, Henri Miller : tous ces mecs l? ne prennent pas de gants.?

    Pour moi la France ne te convient pas ?
    Jil Caplan : ?(Rire) Que dire? oui sans doute, mais je suis fran?aise et je dois faire avec. Je n?aime pas l?esprit fran?ais. L?esprit critique ok je l?accepte, des mecs comme Pacadis ou le dandysme ? la Gainsbourg, mais toutes ces personnes ?taient impr?gn?es d?une autre culture que de la culture fran?aise. Donc le cot? franchouillard m?emmerde, l??tiquette ? vari?t? ? ?galement, m?me si on a pu me consid?rer en faire partie, j?ai toujours propos? autre chose. Ce qui m?a fond? c?est pas Barbara ou Brassens, que j?aime bien au demeurant, mais ce n?est pas vers eux que je suis all?e.?

    Quel est le truc sur cet album qui t?a rendu la plus fi?re de r?ussir ? sortir du sable ?

    Jil Caplan : ?Faire un disque c?est une entreprise ? la fois tr?s rapide et tr?s longue. La mani?re de l?enregistrer ce dernier, c??tait mon r?ve que j?avais depuis des ann?es. On l?a fait dans son studio perso. C??tait simple. On ne s?est m?me pas pos? la question du genre d?album que nous allions sortir. Ce qui doit sortir du sable : c?est cette libert?. C??tait aussi de se retrouver de mani?re ?gale en laissant ? l?autre toute la place qu?il d?sirait pour ?tre bien.?

    ? Derri?re la Porte ? s?est r?alis? tr?s vite ?
    Jil Caplan : ?Deux mois ! Je crois que l?on bouillait (rire). C??tait rapide. Apr?s quand le processus est en marche, il faut rajouter des couches, additionner, arranger, mais les chansons globalement ?a ?t? assez rapide.?

    On a du mal ? lui donner une seule couleur musicale : entre le rock, la pop, l??l?ctro tout se m?lange ?
    Jil Caplan : ?Effectivement. Ce ne sont pas des chansons acoustiques, m?me s?il y en a, ce n?est pas de l??l?ctro m?me si il y a des petites touches sur ? On n?Entre Plus Chez toi ? avec ce beap house ? certains moments qui est tr?s engourdissant, avec cette boucle qui est une solitude infernale o? l?on a beau faire, on se cogne toujours au m?me mur. Ce n?est pas de la pop, encore moins de la vari?t?. Ca pourrait s?apparenter au rock, encore que??

    Jil Caplan a t?elle d?j? son band pour aller sur sc?ne en Septembre-Octobre ?

    Jil Caplan : ?Je suis en train de trouver des musiciens, ce qui n?est pas une mince affaire car nous n?avons pas des budgets pharaoniques. Il y en a 2 qui viennent du jazz, qui ne sont pas tr?s connus mais qui sont de tr?s bons musiciens, qui ne sont pas des mercenaires des sc?nes qui jouent avec la vieille garde. Ils sont tr?s enthousiastes, jouent tr?s bien. On va essayer d??tre surprenant. De garder ce que l?on a sur le disque et de le transformer sur la sc?ne.?

    A tes d?buts, la sc?ne c??tait limite ?prouvant pour toi, de donner des concerts?

    Jil Caplan : ?J?ai mis longtemps avant de bien aimer ?a. Je ne sais pas, je n?y arrivais pas. J?avais l?impression que c??tait mon ext?rieur qui chantait. C??tait limite un truc que je n?arrivais pas ? sortir de mon bide. J?avais peur de chanter, d??tre gourde.?

    Tu parles du chant, mais sur le disque ta voix est d?une puret? ?tonnante ?
    Jil Caplan : ?Par volont? de ne pas sur interpr?ter. Les chansons sont suffisamment abouties, les textes sont suffisamment denses que l?interpr?tariat n?est pas la chose la plus importante. Je vous chante des choses au creux de l?oreille et je n?en rajoute pas des tonnes, car ce que vous allez entendre suffit ? lui m?me. J?ai essay? d?enlever tous les colifichets vocaux. Idem pour les arrangements. Il n?y a plus beaucoup de disques qui se font avec si peu de choses.?

    Au petit jeu de ce que tu aimes et de ce que tu d?testes ?
    Jil Caplan : ?J?essaye d?aimer tout, m?me si ce n?est pas facile. J?essaye d??tre moins regardante. Exigeante et moins regardante. A un moment donn?, il y avait certaines choses trop simples que je boudais par plaisir.?

    Tu t?es aussi noy?e dans des choses compliqu?es, par exemple ton EP 6 titres ? Gueule d?Amour ? ?
    Jil Caplan : ?Ho la vache tu connais ?a ! Ce fut la premi?re pierre de ce disque l?. Ca c?est fait avec 3 francs 6 sous, tout le monde s?en foutait de se projet et j?adore quand les gens ne t?attendent pas. C??tait court, il n?y avait pas de pression. Nous n??tions pas du tout chouchout?s. Tous les yeux s??taient d?tourn?s de moi, je n?avais pas la pression de d?cevoir. Il faudrait avoir la force de dire ? Fuck ? et de faire ce qu?on aime. Mais le probl?me c?est que l?on a toujours envie, un artiste plus particuli?rement, d??tre aim? et reconnu. C?est une grande force de dire comme Pialat ?Vous ne m?aimez pas, mais je ne vous aime pas non plus ?. Je fais les disques que je fais, pour moi ils sont beaux et merde aux autres.?

    Jil Caplan est pour moi un m?lange de glamour et de punk ?
    Jil Caplan : ?Voil? ?a j?aime bien, ce cot? ?bouriff?e mais pas mode ? la Franz Ferdinand. J?ai toujours ador? les dandys. Pour moi le dandysme, c?est r?interpr?ter les choses via un processus mental et pas un simple effet de v?tements. Evidement il y a le soin de soi, et moi quand je faisais ma banane, j??tais Elvis Presley.?

    Tu as toujours pris des hommes en r?f?rence ?

    Jil Caplan : ?Toujours. C?est fou. J?ai ?t? plus souvent qu?il ne faut George Harrison (rire). L?onard Cohen, Bob Dylan, Bowie qui fut ma grande passion. Mais tout ?a n?est quand m?me qu?une grande cour de r?cr?ation.?

    Tu as ?crit si je ne me trompe, des articles pour le magasine Brazil, c??tait une exp?rience int?ressante de parler du cin?ma ?
    Jil Caplan : ?Tu sais j?ai fait pleins de trucs. J?allais tout le temps au cinoche. Brazil va ?tre r?activ? ? la rentr?e.?

    J?ai lu aussi ton blog, c?est fait de phrases courtes, presque comme des chansons sur ta vie quotidienne, c?est ?crit d?une mani?re proche de C?line ?
    Jil Caplan : ?Alors l? voil? : s?il peut y avoir une influence fran?aise : c?est lui ! Il ?crivait avec son sang. C?line c?est mon p?re, d?un cot? j?avais Ferr? et de l?autre C?line (rire). Peut ?tre qu?apr?s, j?ai d?sir? aller dans une ?criture plus raffin?e mais je pense que l?on ne se refait pas.?

    Propos recueillis par Pierre DERENSY

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