Cette semaine

Autres Interviews



Un commentaire?

Liste des interviews » Interview de Comte de Fourques

Le 05 Mars 2007
Par Pierre DERENSY
Le comte de Fourques est un roturier qui se donne des airs de noble par un nom de sc?ne. Mais sa noblesse se retrouve surtout partag?e dans 13 chansons parfois douces, parfois am?res, toujours tr?s bien compos?es et d'une justesse dans les propos qui ferait demander au plus grand r?publicain si ce n'?tait pas mieux sous la royaut?. Avec un certain humour de pince sans rire, son compte est bon pour refl?ter dans un palais des glaces imaginaire les histoires de gens quelconques ayant des destins ordinaires. De ceux qui deviennent les h?ros du quartier. Et toujours avec un talent inn?. Tout un parcours de r?cit chevaleresque avec le ? Tu ? en prime, qui me fait penser que St?phane Bern et moi c'est du pareil au m?me pour ?voquer un parcours initiatique des plus int?ressant.

C'est en int?grant ton ?cole de musique que tu as pris conscience d'?tre un musicien ?
Le Comte de Fourques : ?Non pas du tout. L'?cole de musique est venue sur le tard apr?s des ann?es de caf'conc derri?re avec mon groupe local ? Perpignan, mais c'?tait un pur r?ve d'autodidacte. Je voulais ?largir l'aspect technique de l'instrument. Toucher ? d'autres musiques. Ma premi?re ann?e sur Paris ?tait destin?e ? faire cette ?cole mais aussi ? distribuer mon auto-prod dans les maisons de disques.?

Finalement plut?t qu'une premi?re partie de Cali : c'est 16 concerts avec lui que tu donnes ?

Le Comte de Fourques : ?Avec Bruno on se conna?t depuis longtemps. Il y a eu un truc concomitant. Un d?clencheur. Au moment o? lui enregistre son premier album moi je d?marre mon auto-production. J'ai un vieux r?flexe, je me dis ? Perpignan c'est quand m?me le trou du cul du monde ? et mon pote Cali qui a du talent avance et r?ussi dans notre passion commune. Alors pourquoi pas moi. Bref les mois passent, je fais mon ?cole, lui commence ? avoir du succ?s et fait ses premi?res dates. Forc?ment il me demande de faire une de ses premi?res parties sur la capitale. La premi?re ann?e, j'en ai fait 3 et ? la rentr?e d'apr?s, il m'a demand? de faire 10 dates suivies. Comme j'?tais en formation l?g?re : seul avec ma guitare j'?tais assez facile ? transporter.?

C'est avant ton tout premier concert avec lui que tu as trouv? ton nom de sc?ne ?

Le Comte de Fourques : ?C'?tait une connerie sortie avec mes potes qui restait entre nous et quand je suis arriv? sur la capitale, il me fallait trouver un nom pour mes concerts solo. Mais j'?tais emmerd? car 2 heures avant cette premi?re partie, je n'avais pas de nom. Donc j'ai pris ce titre. Ce qui est marrant, c'est que je ne savais pas quoi faire avec ce nom. Quand j'ai sign? chez V2 je ne savais m?me pas si j'allais garder cette d?nomination. Et finalement en posant la question ? la maison de disques, ils m'ont rassur? en me disant de ne rien changer, que c'?tait g?nial ce patronyme. J'avais besoin d'?tre rassur? sur ce point car cela pouvait ?voquer plein de choses. Musicalement je savais ce que je voulais faire mais quant ? savoir si le nom collait avec la musique.?

Comme le disait Proust c'est dans l'optique des gradins sociaux que tu es devenu comte, y avait t'il une branche de la famille qui ?tait d?j? artiste ?
Le Comte de Fourques : ?Aucune ! enfin il y avait quelques musiciens. Mon arri?re grand-p?re ?tait chef d'orchestre de la fanfare d'Al?s. Qui a sillonn? toute la France en son temps et qui a eu d'ailleurs quelques enfants ill?gitimes (rire). Ma m?re chantait dans les bals mais apr?s rien de plus que ?a. Maintenant, ils sont tous tr?s fiers. Je suis vraiment issu des classes moyennes. Inconsciemment j'ai choisi ce nom l? pour me positionner hors toute classe sociale. Cela permet de prendre du recul. Derri?re ce nom, sans jouer un cot? th??trale sur sc?ne, tu peux jouer avec l'ironie, te placer en marge de pas mal de trucs. Ce qui correspond bien ? ce que j'essaye de faire dans mes chansons. Au final, on est pas ma?tre de son destin mais le hasard fait bien les choses.?

Si j'en crois les ? on dit ? le Comte de Fourques serait un artiste romantique et fauch? comme un gueux, qu'est ce qui est le plus dur quand on arrive ? Paris : d'?tre artiste, romantique ou fauch? ?
Le Comte de Fourques : ?Il y a des choses qui sont plus difficiles ? vivre que d'autres. Romantique ce n'est pas facile tous les jours mais j'assume, fauch? j'aimerais bien que ?a change (rire). Pour moi la musique, c'est un peu un parcours de vie, oui j'ai eu des bonnes ann?es et des ann?es plus dures. J'ai connu la d?che. Les huissiers ont bien failli venir, les salauds !Ce qui s'est pass?, c'est que j'ai eu une p?riode dure sur Paris. J'avais avanc?. Je faisais des dates mais je me demandais si je restais sur Paris ou est ce que je devais faire des aller-retours en regardant ?a depuis Perpignan. J'ai choisi de rester mais juste avant de signer chez V2, c'?tait super hard. J'ai du mettre mes guitares au mont de pi?t?.?

Continuer uniquement ? bourlinguer sur la sc?ne locale pour toi, ce n'?tait pas envisageable ?
Le Comte de Fourques : ?En terme de faire des concerts oui, mais j'?tais parti dans une logique de progresser : c'est ? dire aller vers une maison de disque, m'entourer, ne plus ?tre seul. Aller vers la cr?ation d'un album, avoir les partenaires pour le faire et le faire vivre apr?s. Ce qui ?tait une autre logique de travail. Faire des concerts n'?tait plus une fin en soi. Je l'avais fait, c'?tait bien mais ? un moment je m'?tais mis sur d'autres rails. Ce qui est dr?le c'est que mon premier rendez-vous chez V2 c'?tait le dernier de tous ceux que j'avais cal? pour proposer mes maquettes. Le lendemain, je rentrais sur Perpignan et je ne savais pas quand j'allais remonter et surtout pourquoi j'allais remonter. En ressortant de leurs bureaux j'ai su que j'allais revenir sur Paris pour de bonnes raisons.?

Je t'ai connu par ton EP de 5 titres et je m'aper?ois qu'aucune de ces chansons ne figure sur l'album ?
Le Comte de Fourques : ?En fait j'avais plein de chansons donc cela me donnait le choix. Par contre il n'est pas impossible que plus tard, ?ventuellement pour un album futur je reprenne ces titres. Par contre ce sont des morceaux que je joue sur sc?ne. Tu sais pour l'album je me suis enferm? pour composer. De toute mani?re je n'avais plus que ?a ? faire (rire). Les 2/3 de l'album, je les ai ?crits en janvier 2005. Ce sont ces maquettes qui m'ont permis de d?marcher les maisons de disques. Les artistes qui sortent un premier album, ce sont quasiment leurs 10 ann?es de boulot, intellectuellement pour moi oui mais artistiquement, c'est un album de vraies nouvelles chansons, faites en 1 mois. J'ai tendance ? faire les choses ? l'envers : sur sc?ne par contre je joue de mes anciens titres alors que les autres artistes essayent leurs nouveaux morceaux face au public.?

En studio : cela s'est vraiment bien pass? comme tu le pr?tends, mais ne d?sires tu pas maintenant rectifier le tir pour faire comme les autres et dire qu'il n'y a que dans la souffrance que l'on peut cr?er ?
Le Comte de Fourques : ?Vraiment pas du tout. On a boss? avec mon directeur artistique. Au d?but nous ne voulions m?me pas prendre un r?alisateur, juste un bon ing? son. on allait faire une sorte de triumvirat entre l'ing? son, l'artiste et le DA. Et l'arriv?e de Mitch Oliver est venue du fait que certains morceaux que j'avais enregistr?s mais pas mis sur l'EP : je voulais les refaire, voir les utiliser. Seulement ces morceaux, je les connaissais par cour. Impossible d'avoir des id?es fra?ches. Donc le DA a r?fl?chi ? un r?alisateur. Un jour il m'a pr?sent? Mitch, on a ouvert une bouteille de chablis et on a parl? musique. Ce gar?on a bien compris que j'avais une vision bien pr?cise des arrangements que je voulais faire. Il m'a donc propos? des compositions de structures dans les chansons. Arriver ? faire vivre d'une mani?re plus fluide les couplets face aux refrains, mettre une ambiance dans les chansons. Toujours en utilisant la mati?re que je lui apportais. En plus, lui, c'est un vrai sorcier du son, un ?norme malade. Il travaille ? l'ancienne tout en analogique, ? la main. C'est hyper-vivant. Toutes les prises rythmiques sont lives. On jouait tous ensemble : basse-guitare-batterie-chant. La version du ? Bonheur est Nocturne ? c'est la quatorzi?me prise par exemple. J'?tais preneur de ce qu'il me disait. A l'?coute.?

L'album a ?t? enregistr? pendant l'?t? 2006 et ne sort que maintenant, tu as encore retouch? les chansons pendant cette p?riode ?
Le Comte de Fourques : ?Il a ?t? enregistr? en Avril 2006 et mix? en Mai. J'avais confiance. C'est un travail qui s'est construit petit ? petit. Apr?s, il me tardait juste que l'album sorte. Maintenant je suis fier comme un gamin au pied d'un sapin de No?l.?

C'est quoi une bonne chanson pour toi ?

Le Comte de Fourques : ?Je suis super intuitif donc je te dirais qu'une bonne chanson c'est celle qui me met le poil ? la verticale. Si j'ai le frisson, c'est que c'est bon. Que ce soit pour la musique que j'?coute ou que je fais. Il n'y a que l'?motion qui me guide. Quand je suis au travail, s'il n'y a pas un moment o? je vibre, c'est que je sais ?tre pass? ? cot? de mon affaire.?

La litt?rature compte beaucoup pour toi ?

Le Comte de Fourques : ?C'est ? dire que je n'?coute pas beaucoup de chansons fran?aises ou alors cela n'a rien ? voir avec ce que je fais. Je suis fan de Dominique A et Jean-Louis Murat mais je ne peux pas te dire que je suis influenc? par eux car nous faisons des chansons totalement diff?rentes. Je les ?coute pour le plaisir. Par contre la litt?rature m'a beaucoup influenc? dans ma mani?re d'?crire. J'ai d?couvert des choses. Bukowsky, ?a ?t? le style, il m'a d?coinc?. Je pouvais faire des chansons sans faire des vers. Buk m'a expliqu? que l'on pouvait essayer d'avoir du style sans chercher ? en avoir. Henri Miller, c'?tait le vocabulaire, c'?tait mon dictionnaire. Et Kerouac ma po?sie. Ecrire des choses qui ne parlent pas au sens premier mais qui parlent directement ? l'?me. Tout ?a, c'est m?lang?. Il y a une envie de faire passer des choses d'une certaine mani?re. Il y a des mots que j'aime chanter et qui sont des expressions de la vie de tous les jours. Ce n'est pas calcul?, mais une chanson c'est une id?e qui doit parler au plus grand nombre dans le bon sens du terme. J'ai une bonne vision des choses populaires. C'est moi, c'est nous, c'est ce que nous sommes tous.?

Tu as d?clar? qu'on est dou? en France pour faire des bons vins et les anglais pour faire de la bonne musique : simple, ?vidente et spontan?e, jamais intellectualis?e ?

Le Comte de Fourques : ?Ce que je veux dire par l? c'est qu'il ne faut pas essayer de singer. De copier. On conna?t ce qu'on est capable de faire. Je suis influenc? par des trucs mais je n'ai pas la pr?tention d'?tre plus rocker que Joe Strummer. Quand j'ai pass? 3 semaines en Angleterre, j'ai eu le temps de r?fl?chir sur le style anglais : on voit leurs gueules en pensant que c'est calcul? mais non ils sont comme ?a, dans leur vie de tous les jours. C'est l'analyse que je me suis faite. Si tu dois ?tre comme eux : soit juste toi m?me. L'erreur qu'on commet pour ne citer personne actuellement, c'est qu'on pense qu'il suffit de se mettre des pantalons en cigarette, des boots et des vestes en cuir. C'est leur mode. Le seul truc qu'on peut copier c'est leur capacit? ? ?tre super naturel. Quand ils font de la musique sur sc?ne, c'est juste naturel. Ils font ?a pour la f?te. Moi j'ai envie qu'en concert les gens remuent la t?te. Si en plus, tu as les moyens de balancer un texte pas trop convenu : c'est gagn?. Au final : il faut juste que les gens s'?clatent. Je viens de ?a : du partage, de l'?change avec les gens. C'est une sorte de match de boxe.?

Pour moi, Le comte est plus proche de Joe Strummer et des Mescaleros plut?t que des Clash qui est ta r?f?rence ?

Le Comte de Fourques : ?C'est toujours Clash mon pr?f?r?. Ce cot? 100 % ?nergique. Mais j'aime surtout sa g?n?rosit?. Il ?tait tr?s admiratif des musiciens avec qui il jouait. Un mec hyper simple dans un naturel total. Je crois que c'est cette g?n?rosit? qui m'a donn? envie de prendre une guitare. Je pensais ? la chanson de Brassens : ? le Petit Cheval Blanc ? : tous derri?re et lui devant. Il y avait un cot? h?ros chez lui mais h?ros qui ne le sait pas. Dans ses textes, il ?tait tr?s politis? mais il d?gageait une image tr?s romantique.?

Donne moi quelques bonnes raisons de pr?f?rer un de tes concerts ? ceux de Polnareff ?

Le Comte de Fourques : ?Ho putain la question pi?ge ! Je devrais essayer de trouver un truc salaud ? dire sur lui mais en m?me temps, c'est un mec super fort dans son genre, super musicien, super compositeur, roi du marketing, champion de l'image. Alors je te dirais juste que c'est un choix de 2 spectacles totalement diff?rents. De son cot? c'est grande messe et de mon cot? : club.?

Comte de Fourques c'est aussi dominer les castes de la chanson fran?aise inf?rieure, surtout quand on sait qu'en France le roi c'est Johnny Halliday ?
Le Comte de Fourques : ?On ne r?ve que d'une chose c'est de lui piquer sa place. On pourrait monter une fronde ? Comme il s'est barr? avec la caisse, il a abandonn? le ch?teau : c'est peut ?tre le moment o? jamais.?

Propos recueillis par Pierre DERENSY

Vos réactions (nombre de commentaire(s) : 0)  

*
Code image (a ressaisir) : *
Commentaire *

 


Contact - Qui sommes nous ? - Chroniques - News - Les liens - Plan