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Le 08 Janvier 2007
Par Pierre DERENSY
Chez Eiffel il y a toujours et depuis le d?but, quelque chose de s?rieux et d'innocent, tout ? la fois na?f avec un son rugueux, contestataire et exalt?, un m?lange de sal? sucr?, qui leur donne un charme singulier. Leur dernier album ? Tandoori ? n'?chappe pas ? la r?gle, malgr? quelques changements qui rendent ce disque impr?visible mais toujours aussi bon. Quand ils parlent, c'est ensemble. Quand ils r?pondent, c'est d'une m?me voix. Un groupe soud?, uni qui va assur?ment nous offrir quelques bon moments sc?niques.



Comme je sais que vous aimez les contre p?tries : connaissez vous ? Partir c'est mourir un peu ? ?

Eiffel : ?Pas mal ! ouais ?a peut nous correspondre dans le sens o? l'on cherche toujours ? bouger et ne jamais rester stagnant.?

2 albums, 1 live, 6 ans de vie commune et 3 ans de break : c'est vraiment dur de vivre en communaut? ?

Eiffel : ?On ne peut pas dire que l'on vive en communaut?, on peut dire que l'on vit sur la route ensemble. Mais ?a va, il y a des moments o? ce fut difficile ? g?rer mais au fur et ? mesure, tu battis une ?quipe qui est solide. Il y a la musique mais finalement la musique c'est un d?tail. Il y a tout le reste et petit ? petit, cette association parvient ? tirer dans le m?me sens. On ne tient pas ? devenir une machine. C'est important pour nous d'avoir le c?t? humain. M?me des gens, quel que soit le r?le dans l'?quipe, qui bosseraient super bien mais humainement ne seraient pas en ad?quation avec ce qu'on pense, cela ne serait pas possible. Inconsciemment on aime avoir un contact particulier avec nos collaborateurs. C'est super important quand tu passes 5 heures dans un bus par exemple. Remarque l'inverse c'est ? dire quelqu'un qui serait super sympa mais qui bosserait mal, cela ne serait pas possible non plus.?

Il faut une certaine alchimie pour assurer la base du groupe ?

Eiffel : ?Cela ne se fait pas non plus en claquant des doigts. En tout cas dans l'histoire d'Eiffel, ce n'est pas le cas. Il y a eu des ratages. Eiffel ce n'est pas un gros groupe, on n'est pas connu, donc arriver ? durer, c'est tout un truc. Dans un groupe tu as autour de 8 personnes chaque soir qui s'activent pour donner quelque chose de pr?cis aux gens.?

Dans ? Dispers? ? Romain, tu chantes : ? J'?tais parti en miettes, pour mieux me retrouver?, c'?tait ?a aussi le besoin de break ?

Eiffel : ?Non. Cette phrase je ne l'avais pas pens?e dans ce sens. Dans nos textes, il y a des th?mes, on ne chante pas n'importe quoi dans l'air pour bien sonner, m?me si on fait tr?s attention ? la sonorit?. On fait en sorte que le sens soit tr?s ?largi, cette phrase dans le contexte signifie que nos certitudes peuvent changer pour mieux construire notre discours. Dans la soci?t? actuelle hyper individualiste : tout le monde bosse ou vit pour sa
pomme et l'id?e de rassemblement pour une cause ou une autre n'existe plus. Il y avait aussi le jeu de mots avec le Petit Poucet et les contes de Grimm.?

En parlant de cause vous avez organis? le KO Social avec d'autres artistes, comment voyez vous la chose apr?s quelque mois ?

Eiffel : ?C'?tait une bonne id?e parce que primo : entre faire ou ne pas faire : il faut faire. Tout n'?tait pas r?ussi mais il y a eu de bonnes choses. Nous l'avons fait ? Bordeaux, et chaque ville qui a fait cette manifestation organisait ? sa mani?re la soir?e. Nous voulions que celle de Bordeaux soit ? notre image. On n'a pas pu organiser la manifestation dans la ville avant le concert mais au niveau des gens, la majorit? venait parce
qu'ils ?taient interpell?s par le message, ils ?taient l? pour voir, ?couter, discuter. Le retour que l'on en a eu, c'est que ?a faisait f?te de village mais avec de l'information qui passait derri?re et c'?tait ?a l'important.?

Romain, tu as compos? cet album pendant ta tourn?e solo ?

Eiffel : ?Une partie. Je fais mes maquettes et ensuite nous travaillons ensemble. C'est notre mani?re de bosser depuis 10 ans. Les maquettes ne sont pas compos?es. J'?cris avec un stylo, une feuille, je ne fais rien sur ordinateur musicalement parlant pour taper dedans ensuite et piocher ? droite, ? gauche. J'ai quelques h?ros comme Mac Cartney ou Brel et limite sans guitare ni instrument, je note des accords ou une petite m?lodie. J'essaye de ne pas avoir de proth?se. Si tu prends une guitare ou un piano, n'importe qui fini par faire tout le temps la m?me chose, ce sont des tics qui limitent l'imagination. L? o? tu es le plus libre, c'est dans ta t?te. C'est le probl?me de l'art en g?n?ral. M?me si Eiffel n'est pas dans l'art mais dans la musique populaire, c'est compliqu? de ressortir tel quel ce que l'on a de fantaisie dans nos esprits. Tu n'y arrives d'ailleurs jamais. Quand tu pointes ton espoir artistique sur un point pr?cis de tes ambitions, tu te dis : je vais aller l? et pof tu tapes ? cot?, soit trop court, soit trop long et c'est ?a qui te motive ? recommencer. Et tu fais des chansons jusqu'? la fin (rire).?

On dirait que pour Eiffel tu te concentres pour que ?a pulse et que tu mets tes exp?riences personnelles en sourdine ?

Eiffel : ?Tant mieux si tu entends ?a. Il y a des constantes : c'est le m?me mec qui ?crit et chante les chansons mais apr?s merde, il y a de grosses diff?rences. Avec ? Tandoori ? c'est un album de groupe. Tandis que mon album solo, c'?tait l'album de plusieurs groupes : il y avait plusieurs personnes, tout le monde ne joue pas sur les titres, il n'y a pas un son pr?cis. C'est une sorte de libert? parce que tu peux ?clater tout. Par
contre dans le carcan du groupe tout ferm? o? l'un fait chanteur, l'autre batteur, etc. tu peux te cr?er une vraie autonomie ?galement. Je ne crache ni sur l'un et l'autre des moyens. ? Tandoori ? est batti sur le fait que chacun en fasse le moins possible. Qu'il soit tr?s nu. Bluesy comme la chanson ? Saoul ?. Qu'il y ait des rythmiques groovy ? la AC-DC m?me si je ne suis pas fan mais leur reconna?s un savoir faire pour faire tourner la
machine. Et que la voix soit assez en avant.?

La fameuse place de la voix pos?e quelque part dans la chanson fran?aise ?

Eiffel : ?Il n'y a qu'en France qu'on pose cette question. Ce n'est pas un souci de sonner rock en la mettant devant ou pas. C'?tait un choix sans chercher ? offrir du grain ? moudre ? un style. Il y avait aussi l'id?e de ne mettre presque pas de p?dale sur les guitares. Et ce n'est pas ?vident. Les autres albums, on sentait la saturation. L? c'est pratiquement tout avec le m?me son : une guitare, un ampli, un jack.?

Pourtant m?me les chansons plus calmes sont jou?es ? la guitare ?lectrique et pas avec un banjo ou une guitare s?che ?

Eiffel : ?On voulait jouer de la guitare ?lectrique mais au pouce et plus doucement. C'est con mais on en est venu ? ?a. C'?tait l'impression qu'on avait pour en arriver ? ce qu'on aime notre disque.?

C'est le passage pour la premi?re fois en studio qui a modifi? votre fa?on de travailler et d'appr?hender les chansons ?

Eiffel : ?C'?tait g?nial ! une super exp?rience. Avec un ing?nieur du son qui s'appelle Michel Derickx qui a boss? avec Deus par exemple. C'est un flamand qui a beaucoup enregistr? avec Arno. On y est all? et ?a nous a permis de renouer avec l'id?e que le studio pouvait nous apporter quelque chose. Les autres albums, nous ?tions g?n?ralement dans une ferme avec notre propre matos et basta, la mani?re de travailler li?e avec la mani?re de vivre, li?e ? la culture belge c'?tait ce que nous voulions. Nous sommes un groupe de rock fran?ais c'est ? dire que sur le papier nous sommes la tristesse int?grale. Tout le monde ici veut te positionner quelque part alors qu'on ne souhaite ?tre jug? que sur la musique et pas l'?tiquette. D'arriver ? chanter notre rock fran?ais sans faire comme tant d'autres le groupe produit ? l'anglaise, il faut trouver des alternatives. La Belgique ? cette culture mixte. Ils ont un cot? londonien mais campagnard et ce n'est pas du tout p?joratif. Je pense qu'on va y retourner (rire). On a ?t? super bien accueilli, ? la m?me enseigne que les stars qui bossaient dans les autres studio. Il y a un cot? familial.?

Pourquoi avoir sorti un EP digital avant l'album ?

Eiffel : ?Parce qu'on est compl?tement ouf (rire). On fait partie de la g?n?ration qui est encore attach?e ? l'objet donc on est totalement largu? question nouvelle mani?re de consommer la musique. La maison de disque nous a dit que ce serait bien de sortir un truc avant et l? nous ?tions totalement d'accords pour sortir un truc avec une super pochette, etc mais non c'?tait pour le t?l?chargement payant. Ils nous ont convaincu qu'il
fallait le faire. En m?me temps on est pas contre. Ce truc ?tait vachement adress? aux fans. Les fans, ce qu'ils veulent c'est l'objet. Donc quelque part c'est un non-sens mais c'?tait le seul moyen de sortir quelque chose avant l'album.?

C'est toujours sain d'avoir une vue artistique diff?rente de sa maison de disque ?

Eiffel : ?On n'a pas lutt? beaucoup par rapport ? ?a. Par rapport ? d'autres trucs oui ! (rire) Ce n'est pas un conflit mais il faut ?tre toujours super attentif, suivre en permanence. Par rapport ? l'objet, ils ne sont pas assez exigeants. Ca c'est clair. Souvent c'est fait au dernier moment, ? toute vitesse et sans sens. Alors que nous on veut que chaque texte du livret ai une image bien pr?cise qui l'illustre. C'est du boulot et on y tient. T'empaquettes pas 6 mois de ta vie dans du papier chiotte. Bon ?a peut ?tre un concept arty que tu d?fends aux bains douches (rire) mais non ! On veut quelque chose qui dans 10 ans, si ce n'est d'en ?tre fier, a au moins l'avantage de ne pas nous faire rougir. Ce n'est pas pr?tentieux mais on essaye de faire quelque chose d'intemporel.?

Donc 13 titres intemporels sur ce disque ?

Eiffel : ?16 ! on en mix? 3 titres il y a 5 jours. On en a m?me enregistr? 18. L'un est sorti sur le digital et l'autre sortira plus tard.?

Except? ? Bigger Than Biggest ? tous les titres sont courts ?

Eiffel : ?C'est li? au fait que l'on a enlev? tout ce qui ?tait variation ou instrumentaux ou intro trop longue, on en arrive ? cette id?e de chanson brute o? l'on te raconte un truc et bam au revoir on passe ? autre chose.?

L'album d?bute par un titre en anglais, c'?tait aussi un moyen de dire qu'Eiffel avait chang? ?

Eiffel : ?On s'est dit que c'?tait pas mal de commencer par un titre en anglais vachement inspir? par Lennon-Maca. Tr?s m?lodique, un peu planant mais pas trop carton. Histoire de d?stabiliser les gens et nous m?me. On a beau ?tre un groupe de rock fran?ais, toute notre influence vient d'outre-manche ou d'outre-atlantique.?

Mais rock et fran?ais, ce n'est pas inconciliable ?

Eiffel : ?On est plus vari?t? fran?ais et rock anglo-saxon. Le rock fran?ais il n'y a que Noir-D?sir. C'est aussi un plaisir de chanter en anglais sans larguer une pop-rime qui ne fasse pas pop fran?aise gentillet. On voulait aussi mettre du fantasque, du psych?d?lisme. On nous met souvent dans la cat?gorie groupe engag? et bas du front. Mais c'est triste. On n'est pas du tout comme ?a. On a envie de gaiet?, de ? funitude ?.?

Cette ?tiquette avec les m?dias de groupe engag?, ne doit pas ?tre tous les jours facile ? accepter ?

Eiffel : ?On s'y est peut ?tre mal pris. Notre but n'est pas de nous faire comprendre mais de nous faire plaisir. Mais on fait attention ? la mani?re dont on agence les choses. En France tu es class? tr?s facilement. Eiffel n'est pas cart?, on a un petit public sympathique, on sait que les disques on va en vendre un peu, mais cartonner s?rement pas. Le probl?me, c'est que les m?dias n'?coutent plus. Dans ce disque, il y a un peu de tendresse, un cot? branleur avec de l'humour et on ne le voit pas.?

La photo de la pochette est tr?s belle ?

Eiffel : ?C'est une photographe Hongroise qu'on adore. Parce que justement ?a reste ouvert. Ca fait penser ? ? War ? de U2, il y a un cot? positif avec le sourire du gamin mais il se trouve dans une d?charge. Ca reste abstrait. Il y a un cot? bombe le torse, qui nous plait bien. Gamin, rock et hypra tendu comme notre album. Ce n'est pas la flamme incandescente de l'adolescence mais bien le touchant, l'?mouvant.?

? Qu'ai Je Donc ? Donner ? ? une chanson du disque, est une sorte de constat d'?chec ?

Eiffel : ?On est dans une soci?t? qui vit sur le mode du troc. Troc via l'argent. Tu me donnes ?a et je te files de l'argent. Et cette chanson, c'?tait juste pour dire de donner sans vouloir recevoir. ?

Chanter ? Paris-Minuit ? c'est dire que Paris est une ville de lumi?re ou c'est constater qu'elle n'est qu'une grande putain qui fait peur ?

Eiffel : ?C'est un m?lange de bons et de mauvais cot?s. C'est chaud, ?a d?boule tout le temps. Bon on a parl? de Paris car on ne conna?t pas Berlin (rire) mais c'est une ville dans laquelle nous avons v?cu. C'?tait un point de vue pour parler du monde urbain et de la quantit? de cours qui battent. L'id?e de la vitesse. Ce paradoxe des grandes villes en g?n?ral, o? tu sens tout ce qui a ?t? fait depuis des si?cles et ? la fois tout ce qui ne va pas, ce qui engendre le crade, le pas beau. Cette schizophr?nie, cette parano?a. Ce n'est pas une chanson contre cette ville, c'est une mani?re de larguer ?galement une tonne de jeux de mots v?reux.?

Le meilleur album d'Eiffel finalement, celui qui vous correspond le mieux avant ce dernier cela ne serait il pas le live ?

Eiffel : ?Il y a plein de choses, notamment sur ? Abricotine ? que l'on se dit au final avoir mal g?r?es, mais par contre, on le prend comme quelque chose qui fait partie de notre histoire. Nous sommes plus dans un trajet que dans un constat statique entre le bien et le pas bien. ? Le ? d'heure des ahuris ? ? pour d?faut d'?tre trop produit. Le live ? ceci de particulier qu'il ?tait enregistr? ? la fin d'une tourn?e donc tu ma?trises plus ou moins bien les morceaux, tu mets le paquet, quelque part tu as envie d'arr?ter et sit?t de continuer. C'est tout b?te mais ce live est arriv? au moment o? le groupe commen?ait ? vraiment bien se faire conna?tre. Mais nous voulions ce break. Ce live est un moment touchant, troublant. De toute mani?re, je ne cracherais pas sur quoi que ce soit que nous avons fait. Enfin si, un truc sur MTV o? nous ?tions perdus et o? l'on se demandait ce que nous faisions
l?.?

C'est mettre en pratique ? Ma part d'ombre ? ?

Eiffel : ?Exactement. Tu as envie de dispara?tre et c'est trop tard. D?s que tu ouvres la bouche, tu sais que ?a va ?tre catastrophique. La promo ? la t?l?, c'est attraction-r?pulsion. Il y a aussi des gens qui travaillent ? la promo avec nous et qui croient en nous : les gens de Labels qui nous ont toujours soutenus, on peut aussi se dire que le groupe peut faire un effort et accepter certaines demandes.?

Romain, tu es rest? 2 mois en studio avec Bashung et depuis plus de nouvelles, pour toi c'est une fa?on de faire ou tu te sens bless? ?

Eiffel : ?Y a pas grand chose ? dire en fait ! Je peux pas en parler. Alain est quelqu'un de difficile ? comprendre. Il a une mani?re de travailler qui fait qu'il travaille avec une personne, ensuite avec une autre et apr?s il m?lange. Et j'?tais la premi?re personne ? bosser avec lui.?

Propos recueillis par Pierre DERENSY

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