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Le 12 Octobre 2006
Par Pierre DERENSY

De Phœnix il ne faut garder que le nom. Tout le reste a brûlé dans les cendres d’un passé sophistiqué. Leurs musiques, leurs paroles sur le dernier opus qui sort ces jours ci nous oblige à les retirer de la catégorie pop alambiquée pour les mettre illico presto dans la même ratatouille que tous ces groupes en « The » qui veulent nous faire guincher sur les tables. Ce troisième album marque une véritable rupture à tous les niveaux avec leur ancien champ musical. Un vrai moment de bonheur.

Nous nous étions rencontrés pour la sortie «d’Alphabetical» et vous m’aviez confié que vous aviez confiance en votre musique mais quelques craintes sur l’avenir du groupe dans le paysage musical français, pensez vous que votre dernier opus va enfin vous permettre de vous frayer un passage dans le bonheur d’être écouté par tous et non pas par une petite secte de critiques dithyrambiques ?

Phœnix : «L’album vient juste de sortir donc il est un peu trop tôt pour le dire… mais je l’espère ! En même temps on ne s’en formalise pas du tout de ne pas cartonner en France. Le succès qu’on a ici me convient très bien. On rempli les salles, on a un public d’aficionados, de découvreurs de nouveaux talents, d’amoureux de la musique. Donc même si on reste au même niveau cela nous conviendra très bien. Même si on pense qu’avec ce disque cela va aller encore mieux.»

Trois jours entre la fin de la tournée du précédent disque et le début de la conception du nouvel album c’est tout ce que vous vous permettez comme vacances ?

Phoenix : «Pour nous faire un disque c’est limite des vacances. C’est très éprouvant mais c’est aussi très intense. Tout ce que l’on fait c’est pour vivre ces moments de création. Il y a quelque chose d’extrêmement puissant quand vous essayer de créer une chanson.»

Par contre la vie privée doit en prendre un coup ?

Phoenix : «C’est pour ça que toutes les chansons parlent de ça ! (rire)»

Est ce qu’on peut dire que Phoenix s’est réincarné en Norvège et a repris confiance dans les clubs US ?


Phoenix : «Peut être… on a beaucoup tourné dans beaucoup de pays outre les 2 que vous citez donc il faudrait tous les impliquer. Par contre nous n’avons jamais perdu confiance, nous étions dans un élan d’exaltation suite à la tournée et c’est pour ça que nous sommes partis directement à Berlin tout de suite après. Nous voulions compléter cette vie à 100 à l’heure des dates de concerts en faisant un album à 100 à l’heure.»

Trop de contrôle tue la créativité ?

Phoenix : «Ca peut la tuer. On a fait 2 albums ultra-controlés. Nous voulions tout mettre en œuvre pour faire jaillir l’inspiration sans barrière. Nous sommes partis à Berlin sans avoir écrit la moindre chanson, avec une dead-line très courte, juste pour oser. Oser délivrer des choses qui ne seraient jamais sorties sans cette mise en scène.»

Berlin participe beaucoup à la rupture des petites habitudes dans lesquelles vous ronronniez ?

Phoenix : «Exactement. Ecrire des chansons ce n’est pas un job qui demande une routine. Il faut constamment se mettre en danger. Partir loin de chez nous, de nos habitudes c’était un bon moyen de tout mettre à plat. Un album amateur dans le bon sens du terme. On a toujours essayé d’éviter les gros studios, de vouloir faire sonner quelque chose de professionnel produit dans le circuit. C’est quelque chose qui nous dégoûte. On s’est retrouvé dans un studio de l’ancienne radio communiste est-allemande qui ne sert même pas pour la musique mais pour les bruitages de films ou de documentaires. Le but du jeu c’était d’avoir le même sentiment que lorsque nous avions 16 ans et que nous courrions pour aller répéter.»

Donc No producteur et tout seul ?

Phoenix : «Nous sommes quatre à faire notre musique ensemble, en vase clos, on a développé un langage, un univers propre à nous, je pense que quelqu’un d’extérieur ne pourrait pas nous comprendre. C’est pour ça que nous avons aussi fait la pochette nous-même.»

Les paroles semblent aussi moins robotiques, plus humaines ?

Phoenix : «Les paroles étaient plus ancrées dans l’abstrait, dans le phantasme alors que là Thomas a juste raconté nos vies de manière plus directe.»

Avec ce disque on serait tenté de dire que vous cherchez enfin à vous faire aimer ?

Phoenix : «En tout cas il y a moins de code. Il est plus évident. On s’est prouvé à nous même que nous pouvions faire des albums comme nous le voulions et sur celui là nous avons cherché à nous mettre à nu. Ce qui le rend peut être plus simple et communicatif. En gros nous n’avons plus rien à prouver donc plus besoin de séduire par la force. Tout vient naturellement.»

Vous sortez votre album en téléchargement, vous êtes d’ailleurs dans les premiers à avoir utilisé ce moyen dans le passé pour exposer votre musique, à mon sens il va falloir trancher dans le vif et choisir entre un mode de diffusion classique et cette nouvelle manière de consommer de la musique ?

Phoenix : «Personne ne peut dire ce qui va se passer. Je ne m’aventurerai pas dans ce domaine. Ce qui nous intéresse c’est de faire des essais. Notre live nous l’avions sorti presque immédiatement après le set, pour retrouver ce côté des années 60 : très immédiat où les groupes enregistraient et l’album sortait deux semaines après. Maintenant quand on enregistre un disque il faut 4 mois pour le voir dans les bacs, c’est lourd. Le coté digital nous permet de trouver une naïveté dans les délais, dans la musique.»

Cette fois ci en matière de test il y a le « digibook » ?

Phoenix : «C’est un livre avec un code pour télécharger l’album sur e-tune. Il y a un côté matériel et immatériel.»

C’est très rare d’être aussi libre dans les maisons de disque ?

Phoenix : «On connaît notre chance ! Il y a un petit groupe de gens chez Virgin qui nous laissent entièrement libres. Nous nous sommes attachés quand nous avons signé, à avoir un contrôle total d’un point de vue musique bien sur mais aussi concernant l’image. Nous avons un droit de regard sur tout.»

Alors maintenant arrive la scène, à l’écoute de ce nouvel album on se dit qu’il est fait pour être joué en live, qu’il a été enregistré pour ça, pour le plaisir de prendre la route et de faire pêter les ampli ?

Phoenix : «On a décidé de faire déjà des concerts avant la sortie du disque. C’était le meilleur moyen de le présenter. On va continuer de faire des lives jusqu’à Noël. Tous les jours nos concerts évoluent, on essaye de donner une vie particulière à chaque titre, que les gens sachent que ce qu’ils ont entendu et vu était unique.»
Pouvez-vous m’expliquer le rôle que vous jouez dans « Marie-Antoinette » qui sort très bientôt ?

Phoenix : «Nous jouons nos propres rôles, c’est à dire des musiciens. Nous faisons une performance en live avec 2 guitares baroques sur un morceau que nous avons écrit spécialement pour le film.»

Etes vous prêt à venir sur scène défendre votre disque habillé en livret ?

Phoenix : « Non ! (rire) les couleurs de l’époque ne nous conviennent pas trop. C’est à base de fuchsia, de rose. Tout est en demi-teinte. Très « bonbon » et ne correspond en rien à notre musique (rire) ou à ce que nous sommes.»

Propos recueillis par Pierre DERENSY

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