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    ? D?sormais solaire, beaucoup moins scolaire, moins ? l?Ouest, plus ?pais, plus physique? ? Daven Keller, remercions-le, facilite grandement la t?che du biographe charg? de faire les pr?sentations. Demeure toutefois un grand myst?re tout entier r?sum? par ce ? d?sormais ? liminaire : d?sormais quoi ? Nous sommes-nous d?j? crois? quelque part ? Dans une autre vie sans doute ? ? Je suis m?connaissable ? poursuit-il sur Brune Nazareth, tandis que sa voix, bien qu?hip-hopis?e, nous rappelle vaguement quelqu?un. Oui, mais bon, ce n?est pas lui. Si ? ?a alors?

    D?autres pr?c?dents K de m?tamorphose (Kafka, Katerine?) passeraient facilement en comparaison pour d?aimable soir?es d?guisement. Levons donc le voile : il n?y a pas si longtemps encore, Pierre Bondu se distinguait sans forcer de l?ordinaire de la chanson pop fran?aise. Distinction semblait d?ailleurs un mot invent? pour lui. Ses deux albums (Ramdam en 99 et Quelqu?un quelque part en 2004) auront ajour? une personnalit? d?auteur-compositeur-arrangeur jamais somnolente, sans cesse en recherche de nouvelles pistes plus ou moins glissantes, en proie ? une perp?tuelle effervescence ?motionnelle d?o? ?mergeaient des chansons moins sages, plus troubles, que leurs apparences. Cela ne suffisait pourtant pas ? satisfaire les d?sirs d??vasion toujours plus pressants de ce gar?on qui redoutait l?emprisonnement artistique de la pop et son confort trompeur. Refaire en outre ce qu?il avait admirablement accompli, notamment sur son second album - de belles chansons romanesques arrang?es avec faste et subtilit? - ne lui apparut pas comme la plus audacieuse des destin?s. D?autres avant lui, ? commencer par Bowie, ont su ? un moment s?inventer un double qui irait sous la lumi?re ? leur place tout en y r?v?lant, et c?est l? tout le paradoxe, des choses intimes jusqu?alors tamis?es par la timidit? ou l?autoprotection. Toute pr?tention bue, il y avait un peu du souvenir adolescent de Ziggy Stardust dans cette m?tamorphose en Daven Keller.

    Mais Pierre Bondu va encore plus loin, car chez lui ce d?doublement ?tait devenu une sorte de n?cessit? vitale. ? Je ne me supportais plus ? dit-il carr?ment lorsqu?on l?interroge sur les raisons profondes de ce changement. Comme dans la litt?rature ou au cin?ma, l?auteur qui ne triche pas fait corps avec son travail, sinon il fait du spectacle. Pierre ou les ambigu?t?s comme l?a ?crit Melville (Herman), le Deuxi?me souffle comme la mis en sc?ne Melville (Jean-Pierre), et Bondu a patiemment d?nou? ses n?uds int?rieurs en suivant une analyse dont le r?sultat n?est pas sans rapport avec ce nouveau disque si explicitement intitul? R?action A. Un autre fait, tout aussi important quoique plus souriant, est intervenu dans la gestation de ce projet.

    En collaborant avec son vieux complice Katerine sur l?album Robot apr?s tout, dont il a co-sign? le d?lirant V.I.P, Bondu d?j? un peu Keller s?est convaincu que la lib?ration viendrait sans doute par le corps. Sa musique, d?j?, entamait ce virage : plus physique, moins ? l?Ouest (entendez moins r?veuse, plus nerveuse), d?sormais solaire, donc. ? J?en avais marre de la m?lancolie ? r?sume cet admirateur de Justin Timberlake, un blanc-bec longiligne comme lui qui a su devenir la sex-machine plan?taire que l?on sait. D?embl?e sur Indig?ne, on reconna?t l?influence du funk tribal et minimaliste ? la Timbaland et il faudra toutefois plusieurs ?coutes pour apprivoiser un tel carambolage d?informations. Talk over syncop?, vocoder, beat assaillant et, surtout, go?t du paradoxe, des oxymores musicaux : la guitare fa?on Prince de Freaks qui croise un vieux banjo country, un carnaval de samba et une nu?e magique de cordes au beau milieu de l??lectro-funkisant D?sormais solaire. Si Daven Keller doit quelque chose ? son marionnettiste, c?est ? travers cette science des arrangements qu?on en reconna?t l?inimitable manipulation.

    Pass? l?effet de surprise que constituent les quatre uppercuts plac?s ? l?entr?e de l?album, on n?en est pas au bout, des surprises. Parti en vrille, l?album se m?nage quelques tournants non moins ?pineux : une esp?ce de blues processionnel et fataliste (Aujourd?hui comme demain), un Parano?aque qui rend hommage aux productions eighties d?Arthur Baker, cet Hallali up-tempo qui remonte encore plus loin dans le temps, ? cette ?poque o? Ennio Morricone ?tait l?ornementiste pop le plus percutant du circuit.

    Daven Keller est impr?visible, il s?autorise m?me en plage 8 un sketch hilarant dont on vous laisse la surprise. Avant une double offrande finale somptueuse, un diptyque clairement am?ricain (Outre Atlantique et L.A Californie) o? le piano, les cordes, les bruissements des villes s?entrem?lent dans une r?verie jet-lagu?e qui procure ? l?ensemble de l?album l?apparence d?un long voyage sans temps morts, o? aux vives turbulences finit toujours par succ?der la beaut? planante d?une qui?tude enfin trouv?e. R?action A s?entendra ?videmment ? rebours. A r?action.

    Daven Keller a d?j? attach? sa ceinture.

     


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