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Autres portraits



Interview

  • 02/10/2006
  • Chronique(s) du meme artiste

  • Le bordel magnifique
  • Les autres albums

  • L'espoir (2008)
  • Le bordel magnifique (2006)
  • Menteur (2005)
  • L'amour parfait - Copy control (2003)
  • Les portraits » Cali

    On l?a dit et ?crit plus d?une fois, Cali est n? sur sc?ne. C?est son berceau, sa r?sidence principale. C?est aussi et surtout pour lui une sorte d?imp?rieuse n?cessit? qui lui permet de retrouver une respiration ma?tris?e une fois retourn? ? la r?alit?. Il y a quelque chose de fascinant ? voir et aujourd?hui enfin ? ?couter cet artiste qui paye comptant, conna?t le prix parfois cruel de la sueur et fait de chaque concert un moment ultime. Chaque rendez-vous avec lui sur sc?ne est comme le dernier. Un peu comme dans la chanson ? La fin du monde dans dix minutes ?? Une sorte de pri?re pa?enne ultime, comme s?il nous disait en grand ordonnateur de cette communion amoureuse : ? Alors allons y? donnons tout, br?lons-nous jusqu?? nous r?duire en cendres ?. L?exercice parfois anecdotique de l?enregistrement live est ici on ne peut plus l?gitime. L?album live de Cali est aussi ? sa fa?on un premier album qui s?inscrit en parall?le ? sa discographie studio. Enregistr? en mai 2006 ? Lille, avec son groupe et la pr?sence lumineuse suppl?mentaire de deux cuivres, voici l?instantan? forc?ment singulier d?une aventure qui aura r?uni sur l?ensemble de la tourn?e plus de 400 000 spectateurs, festivals inclus.

    Depuis cinq ans j?ai pu voir Cali sur des sc?nes tr?s diff?rentes. Tout d?abord des sc?nes ouvertes et gratuites alors qu?il ?tait encore avec son groupe Tom Scarlett. Puis dans ce singulier marathon des petites sc?nes fran?aises o? d?j? il arpentait l?espace avec une ?nergie incommensurable, offrant ? ces petits praticables la dimension et l?honneur des plus grandes ar?nes. Ensuite est arriv? le temps premier de la reconnaissance o? Cali prit ses marques, faisant de chaque concert une histoire singuli?re et unique. S?inspirant probablement des ann?es o?, jeune homme, il fut un joueur de rugby plein de rage, Cali a abord? la sc?ne comme une finale de coupe du monde. Concentration, puis ru?e dans la m?l?e entre le public et ses musiciens. Il y a un style Cali sur sc?ne, ou plus pr?cis?ment une stylistique. Jeu de jambes tr?pignant, bras dessinant dans l?air des figures, sortes de lignes de fuite ? la Cocteau, tambourin comme une deuxi?me pulsation rythmique, et sa fa?on d?op?rer des acc?l?rations fulgurantes pour faire de la sc?ne un terrain ? absolument conqu?rir. Cali en eau respire, expire, inspire et prend juste le temps de regarder ces foules en fusion qui lui offrent l??nergie encore n?cessaire pour prolonger le combat.

    Il n?y a pas d?attitude pr??tablie chez lui. L?attitude, c?est lui qui l?invente concert apr?s concert. Sans ?tre le nombril du monde, il invente cr?e un nouveau monde. Bien s?r, il y aussi ce moment chaque fois diff?rent du stage diving prolong?. C?est la solitude du slamer de fond, les mains du public le portant ? bout de bras, couch? dans une sorte de figure christique? Des bouquets de bras forment l??cume sur laquelle Cali surfe, le corps abandonn?, comme sur le toit du monde. La septi?me vague, celle qu?il faut prendre pour toucher le point G de la catharsis. Cali a grandi ? l?ombre des jeunes gar?ons en fleur qui ont fait briller la l?gende du rock?n?roll. Androgyne parfois comme Bowie, flamboyant souvent comme Jim Kerr, incandescent toujours comme Bono, outrancier peut-?tre comme L?o Ferr?, sexe et sexy s?rement comme Iggy Pop, bless? encore comme Miossec, terroriste comme Joe Strummer.

    Cali devient alors lui-m?me, ayant assimil? toutes ces figures de style pour devenir celui qui ne ressemble ? aucun autre. Entr? par effraction dans la gu?rilla du rock, Cali est devenu rebelle sur sc?ne. En faisant du public une femme qu?il faut d?sirer, chevaucher puis caresser, Cali a pris le parti de donner ? sa musique une autre dimension. Pour cet album live il a choisi de s?lectionner une majorit? de titres figurant sur son deuxi?me album ? Menteur ?. Peut-?tre pour faire refleurir la v?rit? intrins?que de ce disque qui fut imagin? et compos? sur la route, entre les concerts o? des milliers de fid?les venaient consacrer la beaut? de ? L?amour parfait ?.

    Entre l?Irlande de Wickham et ses rasades de violons qui tapent le gosier, la M?diterran?e qui s?exprime dans l?outrance extravertie de la corne d?Espagne et la Perfide Albion qui fait que le dieu du rock a encore la t?te dans le brouillard, Cali avance tel un ?quilibriste pour jouer sa vie comme d?autres le font par des exploits de l?inutile. Sauf qu?avec Cali il s?agit de r?inventer l?impossible et de faire en sorte qu?une utopie soit toujours en marche. Un bordel magnifique, une br?lure apparemment assassine qui paradoxalement ressuscite son envie de s?embraser ? nouveau. Si l?on veut comprendre le prix parfois lourd ? payer de la vie, il faut avoir vu Cali sur sc?ne au moins une fois et ainsi r?aliser que de toute ?ternit? le rock ne fut jamais tout ? fait innocent.



    Didier Varrod

     


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